[TRIBUNE] Mali : Goïta confirmé, d’un constitutionnalisme abject à un coup de force légalisé

Si vous êtes politiste ou analyste politique, il y a de ces actualités qui ne peuvent pas vous laisser indifférent par rapport à leur singularité. Le 25 mai dernier, l’Afrique, la CEDEAO, l’UA ont assisté, sans crier gare, à un nouveau coup de force militaire contre le pouvoir installé au Mali.

Le colonel Assimi Goïta et sa bande ont renversé le président de la transition et son premier ministre, les armes sur la tempe. ” Suite à une crise de plusieurs mois au plan national prenant en compte des grèves et manifestations diverses des acteurs sociaux et politiques, le gouvernement dirigé par Monsieur Moctar Ouane, s’est montré incapable de constituer un interlocuteur fiable, susceptible de mobiliser la confiance des partenaires sociaux”, a indiqué le communiqué du colonel-président.

Le président Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar Ouane ont été conduits au camp de Kati, comme ce fut le cas avec IBK. Comme on le dit, on ne change pas la stratégie gagnante. De fil à aiguille, l’homme fort du Mali a été confirmé, ce vendredi 28 mai, par la Cour constitutionnelle.

Un constitutionnalisme essoufflé

Avant d’aborder cet habillage constitutionnel flottant, permettez-moi de rappeler les similitudes entre cette nouvelle stratégie de Goïta pour accéder au pouvoir et celle de l’actuel président de l’Egypte. C’est encore vivant dans mon esprit, mes analyses quand je finissais mon master en relations internationales en un moment où les crises sociales en Egypte obligeaient l’ancien président Morsi à user d’une force brutale contre le peuple. Or cette crise avait été une manipulation de l’armée avec à sa tête le général Al Sisi à travers les coupures d’eau, d’électricité, etc. J’avais prédit en ce moment qu’Al Sisi sera le prochain président de l’Egypte. Ce qui fut le cas. Ainsi donc, je me demande si Assimi Goïta n’avait pas fait un copier-coller de cette stratégie pour une récupération plausible du pouvoir en donnant comme argument une crise sociale. Parenthèse fermée.

Dans un arrêt que la Cour constitutionnelle du Mali a publié, la plus haute juridiction dit avoir constaté “la vacance de la présidence de la Transition, suite à la démission de M. Bah N’Daw, président de transition, chef de l’État” et que “le vice-président de transition exerce les fonctions, attributs et prérogatives de président de la transition pour conduire le processus de transition à son terme”.

De ce fait, elle a décidé qu’à partir de la notification de son arrêt, “le vice-président de transition porte le titre de président de transition chef de l’État”. Par voie de conséquence, le Colonel Assimi Goita est déclaré président du Mali. Une lecture biaisée.

Selon les faits, on dirait que les militaires avaient tout prévu. Car l’article 25 al.2 de la charte de la transition stipule que, je cite : « la Cour constitutionnelle statue en cas de litige ». Nous pouvons essayer de comprendre cette disposition. Cependant, elle présume que cette Cour serait acquise à la cause de la junte, sinon elle serait dissoute au même titre que les autres institutions lors du premier coup d’Etat.

En faisant une analyse rétrospective de la situation ayant suivi ce coup d’Etat d’août 2020, surtout les menaces des sanctions tous azimuts, il en ressort que les militaires avaient juste accepté la transmission du pouvoir à un civil pour éviter ce couperet des restrictions internationales.

En somme, c’était pour accéder à une exigence primordiale de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour lever les sanctions imposées au Mali le 20 août, deux jours après le putsch qui avait renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Alors, après une maîtrise de la situation confortée par des relations sûres établies avec d’autres chefs d’Etat, pour peut-être influencer pro domo des menaces éventuelles de la CEDEAO, Assimi Goïta a fait bis repetita. Comme quoi, l’institution communautaire peut être manipulée voire paralysée avec des stratégies décousues.

La CEDEAO avalise le coup de force à Accra

La présence du nouveau président de la transition au sommet d’Accra confirme l’impuissance de cette Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Assimi Goïta aura le privilège d’être reçu par les premiers responsables de cette instance régionale et assistera à une partie de la rencontre extraordinaire.

Je me demande si ce sera sous forme d’accusé à la barre ou d’accusé blanchi, innocenté et accepté. Dommage !!! La complicité implicite de cette institution communautaire reste palpable dans ce deuxième coup d’Etat militaire et constitutionnel. Il démontre la panne ostentatoire de sa diplomatie préventive et de sa diplomatie coercitive. La première consiste à éviter une crise à travers la veille stratégique et l’alerte précoce, la seconde est une menace (de sanctions) afin de contraindre un adversaire à modifier son comportement ou à mettre un terme à une action en cours. A la vérité, les deux manquent foncièrement de vie pour mieux fonctionner.

De ce qui précède, une CEDEAO, soucieuse des récriminations contre elle, aurait mieux faire en n’acceptant pas Goïta au banquet de crise des légitimes de l’espace. Elle aurait, de ce point de vue, gagné en légitimité aux yeux de l’opinion ouest africaine et de la communauté internationale, même si cette dernière aussi manifeste un rhume suffoquant.

Tout compte fait, les yeux sont rivés sur ce sommet soi-disant extraordinaire à Accra. Assistera-t-on à une décision évidente ou à un semblant de sérieux entre amis ?

Donis AYIVI, Politiste internationaliste, Consultant en Stratégie/Communication et en Gouvernance démocratique

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