Du 7 juin 2021 au 7 juin 2026, la transition malienne, dirigée par le Général d’Armée Assimi GOITA, aura tout juste cinq (5) ans. Cette transition a mené un vaste chantier sur le plan institutionnel, sécuritaire, économique et social que le bruit médiatique de la rupture diplomatique a souvent éclipsé. Un bilan factuel, documenté, sans naïveté.
En août 2020, le Mali un vent de changement souffle sur le Mali avec le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta, pour son manque de perspective et sa gouvernance soumise aux injonctions étrangères. Comme le dit si bien un adage : « Qui veut voyager loin doit ménager sa monture. » En mai 2021, le colonel Assimi GOITA a consolidé le pouvoir en prenant véritablement les choses en main et impulsé un nouveau souffle à la patrie en danger. Cinq ans après, que reste-t-il de la promesse de refondation ? Plus qu’on ne le dit. Moins qu’on ne l’espère. Mais assurément davantage que ce que les récits dominants, focalisés sur les ruptures diplomatiques, consentent à documenter.
Sécurité et Défense : une armée reconstruite
Dès son investiture le 7 juin 2021, le chef suprême des Armées a érigé la sécurité comme priorité numéro 1 des actions à mener. Car sans sécurité, point de développement. Son objectif est clair : rétablir l’intégrité du territoire national et déployer l’administration publique partout où c’est nécessaire. C’est dans ce cadre qu’il faut également situer la militarisation de la police et de la protection civile.
Aujourd’hui, nul ne peut discuter la montée en puissance des Forces armées maliennes et de sécurité. Quand Assimi GOITA prenait le pouvoir en 2021, les FAMA étaient épuisées, sous-équipées, mal formées, moralement atteintes par des années de défaites successives sur fond de de déliquescence de la chaîne de commandement. En 2026, force est de constater que le tableau a radicalement changé.
Sur le plan matériel, la rupture avec la France et le basculement vers de nouveaux partenaires — Russie, Chine, Turquie — ont permis un rééquipement conséquent et accélérée de l’Armée malienne avec un fort impact sur les vecteurs aériens. Des aéronefs de combat et de transports, des troupes, des drones de combats ainsi que des radars de dernière génération, ont été acquis. En décembre 2025, plus de cent véhicules blindés VN-22 de fabrication chinoise (NORINCO) sont livrés au Mali via le port de Conakry. En janvier 2026, à l’occasion du 65e anniversaire de l’Armée, le Président GOITA remet au Génie militaire des engins lourds de construction, des matériels de franchissement, de déminage et des stations d’épuration d’eau — illustrant une armée qui se veut aussi force de développement.
Grâce à la montée en puissance des FAMa, les deux tiers du territoire autrefois occupés, ont été recouvrés. Pour 2026, l’objectif des autorités maliennes demeure l’intensification des opérations, le renforcement des effectifs et la construction de nouveaux camps dans différentes localités du pays pour ancrer durablement la présence de l’État. Un chantier qui a été ouvert par la pose de la première pierre du camp militaire de Konobougou, dans la région de Ségou.
L’hôpital militaire de Kati a été rénové et équipé pour répondre aux besoins croissants du personnel en opérations. Le Musée des armées a été inauguré, ancrant dans la mémoire nationale l’histoire militaire du Mali. La Maison des pupilles, dédiée aux enfants de soldats tombés au champ d’honneur, a été construite — geste symbolique mais plein de sens- envers les familles des martyrs. Il faut noter l’écriture en cours de l’histoire militaire du Mali par une équipe d’experts sous la supervision du Conseil de sécurité nationale. Il convient également de noter la construction annoncée d’un mémorial militaire en hommage aux militaires tombés pour la patrie. L’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale avec la création subséquente de l’Observatoire sur les mêmes sujets.
Mines et souveraineté économique : le grand retournement
Après le secteur de la sécurité, c’est sur le terrain minier que la Transition a produit ses résultats les plus tangibles et les plus durables. En 2023, le gouvernement adopte un nouveau Code minier (Loi n°2023-040 du 29 août 2023) et une loi sur le contenu local dans le secteur minier (Loi n°2023-041). Ces deux textes constituent une rupture réelle avec les pratiques antérieures d’extraversion des richesses du sous-sol malien au détriment des populations qui subissent les dommages de l’exploitation minière.
Le nouveau code fait passer la participation obligatoire de l’État dans les projets miniers de 20 % à 35 % — dont 10 % gratuits, 20 % achetables au prix coûtant durant les deux premières années de production, et 5 % réservés au secteur privé malien. Les clauses de stabilité, qui préservaient les intérêts des compagnies contre toute révision fiscale, sont supprimées.
En 2024, la première mine de lithium d’Afrique de l’Ouest est inaugurée à Goulamina, dans la région de Bougouni, projetant le Mali comme acteur incontournable du marché des matériaux de la transition énergétique mondiale. Le 3 novembre 2025, le Général GOITA inaugurait à Bougouni la deuxième mine de lithium du Mali, exploitée par la société Les Mines de Lithium de Bougouni SA (LMLB SA), fruit d’un partenariat entre l’État malien, la compagnie britannique Kodal Mining UK Ltd et le groupe chinois Hainan Mining Co. Ltd, filiale de Fosun International. La première production de concentré de spodumène a démarré dès février 2025, et les premiers envois commerciaux ont été expédiés dès la fin de l’année via le port de San Pedro, en Côte d’Ivoire. En mai 2026, les revenus cumulés des trois premiers chargements dépassaient 89 millions de dollars.
Autre acquis structurel de la réforme minière : la création du Fonds minier de développement local (FMDL), mécanisme de redistribution territoriale des recettes minières destiné à financer directement les collectivités locales des zones d’extraction. Le 12 mars 2026, le gouvernement malien a procédé à la distribution de plus de 18,4 milliards de francs CFA aux collectivités territoriales dans le cadre du Fonds minier de développement local. Pour la première fois dans l’histoire minière récente du Mali, les richesses du sous-sol redescendent vers les populations riveraines des zones minières.
Le 16 juin 2025, le Général Assimi GOITA a posé la première pierre de SOROMA-SA, la toute première raffinerie nationale d’or à Sénou, en Commune VI de Bamako — fruit d’un partenariat public-privé entre l’État malien, qui détient 62 % du capital, et la société russe Yadran. L’infrastructure, qui s’étend sur cinq hectares, est conçue pour traiter jusqu’à 200 tonnes d’or par an — soit quatre fois la production nationale actuelle — avec des certifications LBMA permettant l’exportation de lingots reconnus sur les marchés internationaux. Ce projet met fin à des décennies d’exportation de minerai brut vers des raffineries étrangères.
Cadre juridique et institutionnel : le Mali se dote d’un nouveau socle
Parallèlement, la révision du cadastre minier a constitué un chantier de gouvernance majeur. L’audit du secteur mené en 2023 avait révélé de nombreuses irrégularités dans l’attribution et le transfert des permis — des situations opaques qui avaient permis à certaines compagnies de contourner les obligations fiscales et environnementales de l’État. La mise à jour et la numérisation du cadastre minier permettent désormais une traçabilité accrue des titres miniers, de la phase de recherche à la phase d’exploitation, réduisant les marges d’opacité qui avaient coûté à l’État malien entre 300 et 600 milliards de FCFA d’irrégularités selon les cabinets Inventus et Mazars.
En plus de ces réformes majeures, il convient de rappeler aussi que le 18 juin 2023, les Maliens ont adopté par référendum une nouvelle Constitution, approuvée à 96,91 % des suffrages exprimés. Ce texte consacre plusieurs avancées : officialisation des langues nationales aux côtés du français, renforcement des pouvoirs du Président, création d’un Sénat, reconnaissance des autorités traditionnelles. C’est l’acte fondateur du Mali Kura — le Mali nouveau. Ce texte fondamental fut adopté le 22 juillet 2023 par le Conseil National de Transition et promulgué par le Président de la Transition.
Sur le plan pénal, un nouveau Code pénal et un nouveau Code de procédure pénale ont été adoptés, modernisant un arsenal juridique pas toujours adapté à la complexité des besoins de justice ressentis par les justiciables. Le Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV) — ancré dans la Charte de Kurukanfuga et les manuscrits de Tombouctou — a été lancé pour refonder le lien civique et patriotique.
Économie et infrastructures : construire malgré les crises
La Transition a hérité d’une économie fragilisée par les sanctions de la CEDEAO (janvier à juillet 2022), la dépréciation des devises et la crise alimentaire sahélienne. Dans ce contexte difficile, plusieurs chantiers ont été engagés.
La centrale solaire de Safo, en construction depuis mai 2024, fait partie d’un programme avec Sanankoroba et Tiakadougou-Dialakoro, destiné à réduire le déficit énergétique chronique du pays. Des modules de formation en énergie solaire ont été introduits dans l’enseignement supérieur, anticipant les besoins en compétences d’une économie en transition énergétique. L’Université de Sikasso a été créée — dont la Faculté des sciences agronomiques et vétérinaires est en cours d’opérationnalisation — offrant pour la première fois à la troisième ville du pays une institution universitaire de plein exercice.
Les routes Koulikoro et Kati sont en cours de rénovation, désenclavant des bassins de production agricole et industrielle. La COMATEX (Compagnie malienne de textile) et l’UMPP (Usine malienne des produits pharmaceutiques) ont été relancées, ravivant deux fleurons industriels qui symbolisaient le projet d’indépendance économique du Mali depuis l’époque de Modibo KEITA. Des centres de formation professionnelle ont été ouverts pour répondre à la demande d’emploi des jeunes. Le Pacte de stabilité sociale et de croissance, adopté en août 2023 pour la période 2023-2027, a structuré les relations entre l’État et les syndicats autour de l’équité salariale, du dialogue social et de l’amélioration des conditions de travail. L’une des avancées majeures dans ce cadre constitue d’ores et déjà l’augmentation du salaire des fonctionnaires de l’État et des Collectivités territoriales. Il faut rappeler aussi la vision Mali 2063 — un document prospectif — pour l’émergence du Mali dans les quarante prochaines années.
Santé et social : l’État qui prend soin
Les hôpitaux de district ont bénéficié d’investissements en équipements, notamment dans des zones où la crise sécuritaire avait fragilisé l’offre de soins. Des centres de dialyse ont été créés ou équipés, répondant à un besoin sanitaire croissant dans un pays où les maladies rénales chroniques progressent. L’INPS a maintenu ses prestations — plus de 2,1 milliards de FCFA d’allocations familiales versées entre janvier et mai 2026 — témoignant de la continuité de la protection sociale malgré les turbulences.
Le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali — l’un des premiers du genre en Afrique de l’Ouest — est en construction, signal d’une volonté de ne pas laisser le Mali à l’écart de la révolution technologique mondiale. Les œuvres sociales du Président de la Transition — kits alimentaires, motos pour personnes handicapées, soutien aux familles de martyrs, aux familles démunis — ont maintenu un lien de proximité entre l’institution présidentielle et les populations les plus vulnérables.
Il convient de rappeler aussi la construction et l’équipement de divers établissements scolaires à travers le pays. Aussi, le 10 novembre 2025, le Général d’Armée Assimi GOITA a posé la première pierre du Projet présidentiel d’urgence hospitalière au Centre de santé de référence de Korofina, dans la Commune I de Bamako, donnant le coup d’envoi d’un programme de modernisation sanitaire d’envergure nationale. Le projet prévoit la construction de 15 nouveaux hôpitaux à travers le pays et la transformation des Centres de santé de référence des sept arrondissements du district de Bamako en hôpitaux de district. Il s’inscrit dans la continuité des États généraux de la santé de décembre 2024, qui avaient mis en lumière la nécessité de rapprocher les soins des populations et d’améliorer la qualité des services médicaux à l’échelle nationale.
Ce chantier de la refondation et de la souveraineté est loin d’être achevé. La refondation, si elle devait être autre chose qu’un slogan, supposerait des choix difficiles : sur la gouvernance, sur la réconciliation des communautés déchirées par des années de conflit. Mais elle est en cours et se poursuit de plus belle. Cela mérite bien d’être dit.
Correspondance particulière
