La 1ère étudion du Forum panafricain des médias a débuté dans la capitale malienne, Bamako hier 3 juin 2026. Durant 4 jours, des journalistes venus de plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs et ceux du Mali réfléchiront sur l’avenir des médias africains. À la cérémonie d’ouverture, le Président de la Maison de la Presse du Mali, Bandiougou Danté, a tenu un discours qui plante le décor quant à l’objectif de cette rencontre continentale en terre africaine du Mali.
Nous vous proposons l’intégralité dudit discours.
DISCOURS DU PMP FORUM PANAFRICAIN DES MEDIAS
Monsieur le Premier Ministre, Chef du gouvernent
Mesdames et Messieurs les Ministres
Mesdames et Messieurs les Présidents des institutions de la République
Monsieur le Président de la Haute Autorité de la Communication
Excellence, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et chefs de mission diplomatique, représentants des organisations internationales
Monsieur le Président de la Commission d’organisation du FOPAME 2026
Mesdames et Messieurs les membres de la commission d’organisation du FOPAME 2026
Mesdames et Messieurs les responsables des organisations professionnelles des médias
Mesdames et Messieurs les autorités traditionnelles, légitimités coutumières et religieuses
Mesdames et Messieurs les directeurs d’organes médiatiques, journalistes, chercheurs, universitaires et acteurs de la société civile
Chers consœurs et confrères du Mali, de l’AES, d’Afrique et d’ailleurs,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, une pieuse pensée pour l’illustre mémoire de toutes les victimes civiles et militaires du terrorisme dans notre pays.
Je dois également avoir une pensée émue pour la mémoire de notre frère, confrère Mahamane Hameye CISSE, Président du comité scientifique de ce Forum rappelé à Dieu le 9 avril dernier pratiquement à la tâche à la Maison de la Presse.
Monsieur le Premier,
Nous exprimons en ces instants solennels, le vœu que la Maison de la Presse du Mali soit baptisé Maison de la Presse Mahamane Hameye CISSE (MPMHC) du Mali.
C’est avec une immense fierté, une profonde émotion et un grand sens des responsabilités que je vous souhaite la bienvenue à Bamako, terre d’hospitalité, de dialogue et de fraternité africaine, à l’occasion du Forum Panafricain des Médias, organisé autour du thème :
« Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique ».
Permettez-moi, au nom de la Maison de la Presse du Mali et de l’ensemble des organisations professionnelles maliennes des médias, d’adresser nos sincères remerciements à toutes les délégations africaines et d’ailleurs qui ont répondu présentes à cette rencontre historique. Votre présence témoigne d’une conviction commune : l’avenir du continent africain ne peut se construire sans des médias forts, crédibles, solidaires et souverains. Merci à toutes les délégations venues des pays membres de l’AES, du Benin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, de Haïti, de la Mauritanie, de la Palestine, de la République Démocratique du Congo, du Sénégal, du Tchad, du Togo.
J’exprime ma gratitude à la forte délégation du Maroc, pays invité d’honneur à ce FOPAME 2026.
Mesdames et Messieurs,
Notre époque est marquée par des mutations profondes et rapides qui bouleversent les fondements mêmes de l’information et du journalisme.
Jamais dans l’histoire de l’humanité l’information n’a circulé avec une telle vitesse.
Jamais les peuples n’ont été autant connectés.
Jamais les médias n’ont été confrontés à autant de défis simultanés.
Le numérique, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle transforment radicalement notre métier, nos pratiques professionnelles et nos modèles économiques.
Les rédactions traditionnelles doivent désormais cohabiter avec des plateformes mondiales capables d’influencer les opinions publiques en quelques secondes.
Les algorithmes décident parfois davantage de la visibilité d’une information que sa qualité ou sa véracité.
Dans cet environnement mouvant, les médias africains sont placés devant une responsabilité historique.
Car au-delà de la révolution technologique, nous faisons face à une autre bataille, plus silencieuse mais tout aussi décisive : la bataille des récits.
Aujourd’hui, l’image de l’Afrique continue trop souvent d’être racontée par d’autres.
Nos crises sont amplifiées, nos réussites minimisées, nos réalités simplifiées, nos peuples caricaturés, nos dirigeants stigmatisés.
Dans plusieurs régions du continent, notamment au Sahel, la guerre sécuritaire s’accompagne d’une guerre informationnelle où la manipulation, la désinformation et les influences extérieures cherchent à orienter les opinions et à fragiliser nos sociétés.
Face à cela, une question fondamentale se pose à nous : Qui raconte l’Afrique ? Et surtout : Comment faire en sorte que les Africains deviennent les premiers narrateurs de leur propre histoire, de leurs propres actualités ?
Mesdames et Messieurs,
Ce Forum n’est pas seulement une rencontre professionnelle. Il est l’expression d’une Afrique qui prend davantage sa responsabilité dans la production, la diffusion et la maitrise de son propre récit.
A travers cette rencontre, nous affirmons une conviction profonde : l’Afrique ne peut ne peut pleinement réaliser ses ambitions politiques, économiques, culturelles et stratégiques sans disposer de médias forts, crédibles, responsables et capables de porter sa voix dans le concert des nations.
Nous sommes réunis ici parce que nous croyons que l’avenir de notre continent passe aussi par sa capacité à raconter lui-même son histoire, à valoriser ses réussites, à assumer ses défis, et à construire une parole africaine libre, souveraine et respectée.
Fils d’un pays sinon d’un espace sahélien confronté depuis plusieurs années à des crises multidimensionnelles, notre conviction est celle d’un journalisme enraciné dans les réalités de nos peuples, attaché à la vérité, à l’intérêt général et à la défense des valeurs fondamentales de nos nations.
C’est précisément l’ambition de ce Forum.
Durant ces quatre jours, nous allons réfléchir ensemble, partager nos expériences, confronter nos idées et construire des pistes concrètes d’action autour des enjeux majeurs qui concernent l’avenir des médias africains.
Nous parlerons de souveraineté narrative et de guerre informationnelle.
Nous réfléchirons aux moyens de renforcer la coopération entre médias africains afin de mutualiser nos ressources, nos contenus, nos expertises et nos capacités de formation.
Nous aborderons les défis économiques auxquels nos entreprises de presse sont confrontées : baisse des revenus publicitaires, dépendance financière, précarité des rédactions et fragilité des modèles économiques.
Nous discuterons également de la protection des journalistes, question essentielle à une époque où exercer ce métier devient parfois dangereux, notamment dans les zones de crise et de conflit. Nous examinerons enfin les opportunités et les risques liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, afin que les nouvelles technologies deviennent des leviers de progrès plutôt que des facteurs de déstabilisation.
Mesdames et Messieurs,
Notre ambition est que les travaux de Bamako débouchent sur des mécanismes permanents de coopérations entre médias africains, des initiatives communes de formation, des partenariats durables ainsi qu’une meilleure circulation des contenus produits par les Africains pour les Africains.
Nous voulons jeter les bases d’un espace médiatique africain plus intégré, plus résilient et davantage capable de répondre aux défis du monde contemporain.
Le journalisme africain ne manque ni de talents ni de compétences.
Nous devons également défendre avec force la liberté de la presse, l’indépendance éditoriale et la sécurité des journalistes, qui demeurent des piliers essentiels de toute société démocratique.
Monsieur le Premier, chef du gouvernent,
J’aurai aimé que le seul journaliste malien en prison dans le cadre de l’exercice de son travail, Youssouf SISSOKO soit dans cette salle. Cela conforterait la liberté de la Presse dans notre pays d’une part et la responsabilité des journalistes en temps de crise d’autre part.
Du haut de cette tribune, j’implore la clémence de la justice malienne pour la libération du journaliste Youssouf SISSOKO.
Mesdames et Messieurs,
Le Mali connaît, depuis plusieurs années, des défis sécuritaires et informationnels particulièrement complexes. Nous savons ici combien les récits peuvent influencer les perceptions, les tensions, les relations internationales et même le destin des nations.
Mais nous savons aussi que les médias peuvent être des acteurs de paix, de réconciliation et de résilience.
Dans les périodes de crise, le journaliste ne doit ni attiser les fractures ni céder aux manipulations. Il doit informer avec rigueur, responsabilité et humanité.
C’est pourquoi ce Forum accorde une place importante aux échanges sur la couverture des conflits, la promotion de la paix et le rôle des médias dans les processus de réconciliation.
Mesdames et Messieurs,
De nos échanges devra naître un engagement collectif, un texte de référence, une boussole pour les médias africains de demain : l’APPEL DE BAMAKO.
Cet Appel devra traduire notre volonté commune de promouvoir une information responsable, de renforcer la coopération panafricaine, de défendre la liberté de la presse et de construire une souveraineté informationnelle au service de nos peuples.
Les générations futures jugeront notre capacité à transmettre une Afrique racontée avec vérité, dignité, confiance et responsabilité. Cette responsabilité nous incombe aujourd’hui.
Nous souhaitons surtout lancer un message clair au monde : L’Afrique des médias existe. Elle pense. Elle crée. Elle innove. Et elle entend désormais parler d’une voix plus forte, plus libre et plus unie.
Cette Afrique des médias travaillera à combattre les narratifs orientés, manipulés qui s’apparentent à ce qui est convenu d’appeler chez nous le terrorisme médiatique.
Avant de conclure, je voudrais saluer tous les partenaires : institutionnels, techniques et professionnels qui ont accompagné l’organisation de cette rencontre.
C’est le lieu d’exprimer ma reconnaissance à Son Excellence, le général d’Armée Assimi GOITA, Président de la transition chef de l’Etat, à l’ensemble du gouvernement de la République du Mali sous la houlette du Premier Ministre général de division Abdoulaye MAIGA, aux résilients opérateurs économiques et banques maliennes regroupés au sein de la CCIM et de l’APBEF sous la direction éclairée du Ministre du Commerce et de l’Industrie Moussa Alassane DIALLO.
J’adresse également une pensée particulière à tous les journalistes africains qui, parfois au péril de leur vie, continuent chaque jour à informer nos populations avec courage et dignité.
Chers consœurs et confrères
Nous avons aujourd’hui une responsabilité immense envers nos peuples, envers notre continent et envers les générations futures.
Faisons-en sorte que ce Forum soit non seulement un espace de réflexion, mais aussi un point de départ pour des actions concrètes.
Faisons-en sorte que les médias africains deviennent davantage des passerelles entre nos peuples plutôt que des espaces de division.
Faisons-en sorte que l’Afrique raconte enfin l’Afrique avec ses propres voix, ses propres mots, ses propres regards et ses propres ambitions.
A Bamako, aujourd’hui, nous ne faisons pas qu’ouvrir un Forum. Nous ouvrons une nouvelle page de la coopération médiatique africaine.
Vive la coopération entre les médias africains !
Vive la liberté de la presse !
Vive l’Afrique unie et souveraine !
Je vous remercie.
Bamako le 3 juin 2026
Le Président de la Maison de la Presse du Mali
Bandiougou DANTE
Chevalier de l’Ordre National
