Dans le cadre de la mise œuvre du Programme Soil Values, un atelier national consacré à la validation de la feuille de route de la chaine d’approvisionnement en engrais s’est tenu, du 15 au 16 juin dernier à l’hôtel Radisson Collection de Bamako. Placé sous la présidence du ministère de l’Agriculture, représenté par Mme Traoré Fatoumata Coulibaly, conseillère technique au sein du département. L’évènement a été marqué par la présence du Pr. Aboubacar Amadou Touré, Directeur Pays AGRA Mali.
Parmi les participants figuraient les représentants des administrations publiques, les partenaires techniques et financiers, les représentants du secteur privé. Ainsi, cet atelier a été organisé dans le cadre de Ia mise en œuvre du programme Soil Values, une initiative visant à résoudre les contraintes liées à la fertilité des sols et à catalyser des améliorations agricoles écologiquement durables dans le Sahel. Financé par la Direction générale de la coopération internationale des Pays-Bas (DGIS) et mis en œuvre par un consortium dirigé par IFDC en collaboration avec SNV, Wageningen University and Research (WUR), AGRA, World Agroforestry (ICRAF)…, ce programme couvre le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Dans sa prise de parole, Mme Traoré a souligné que ces concertations visent à mobiliser des partenariats, harmoniser les efforts et promouvoir des pointages et pratiques favorisant une gestion durable des sols. « Reconnaissant les obstacles qui entravent la circulation efficace des intrants agricoles entre les pays sahéliens enclavés et les pays côtiers, tels que la fragmentation des marchés, les contraintes logistiques, les disparités réglementaires et la faible coordination des investissements, une étude stratégique pour explorer les opportunités économiques permettant de renforcer les marchés transfrontaliers d’intrants a été réalisée avec l’appui du programme Soil Values », a-t-elle rappelé, soutenant qu’en décembre 2025, un dialogue régional a été également organisé à Accra, au Ghana afin de traiter les défis liés à la chaîne d’approvisionnement en engrais et aux contraintes de fertilité des sols affectant la productivité agricole dans la région sahélienne.
Une question à la fois politique, économique et stratégique
Pour sa part, le Directeur Pays AGRA Mali s’est réjoui pour la tenue de cet atelier national consacré aux synergies régionales pour la santé des sols et les marchés des intrants agricoles au Mali. Au-delà de son caractère technique, a-t-il indiqué, cette problématique ayant réuni les acteurs est fondamentalement politique, économique et stratégique. Politique parce qu’elle touche à la capacité du pays à créer les conditions d’une agriculture productive, résiliente et compétitive. Economique parce qu’elle concerne directement les coûts de production, la disponibilité des intrants, la fluidité des échanges et de la performance des filières agricoles. Et stratégique parce qu’elle renvoie à des enjeux plus larges de souveraineté alimentaire, de stabilité des approvisionnements et de résilience face aux chocs extérieurs, a expliqué le Directeur Pays AGRA Mali.
D’après lui, le Mali et d’autres pays sahéliens évoluent dans un environnement marqué par des vulnérabilités structurelles, notamment l’enclavement, la dépendance à des corridors régionaux, la volatilité des coûts logistiques, les contraintes réglementaires, les insuffisances de coordination entre acteurs publics et privés, et l’exposition accrue aux perturbations géopolitiques et commerciales. Dans un tel contexte, l’accès aux intrants agricoles ne peut plus être considéré comme une simple question opérationnelle ou sectorielle. Il s’agit, ajoutera M. Touré, d’un levier critique de transformation agricole et d’un déterminant majeur de notre capacité collective à sécuriser la production, soutenir les producteurs et protéger notre ambition de développement agricole. D’où le présent atelier.
Sortir de la rencontre avec une lecture claire de trois impératifs
Dans son intervention, M. Touré a estimé que cet atelier doit aboutir à une vision concrète. « Nous savons aujourd’hui que la performance agricole durable ne repose pas uniquement sur la disponibilité des engrais ou d’autres intrants, mais sur leur utilisation efficace dans une logique intégrée de gestion durable de la fertilité. La dégradation progressive des sols, combinée à l’irrégularité de l’accès aux intrants de qualité, compromet à la fois la productivité, la rentabilité des exploitations et la résilience des systèmes de production », dira le Directeur, estimant que la problématique à examiner est double : sécuriser l’accès aux intrants agricoles de qualité en temps opportun et à coût maîtrisé ; et inscrire cet accès dans une vision plus large de durabilité, de restauration de la fertilité des sols et de transformation structurelle de l’agriculture malienne. Puis d’indiquer, « nous devons sortir de cette rencontre avec une lecture claire de trois impératifs : mieux coordonner l’action publique et privée ; lever les contraintes critiques qui freinent la campagne agricole ; positionner la santé des sols et les marchés des intrants comme une priorité stratégique ».
Mamadou Diarra
