Une manifestation organisée par le Hezbollah et ses alliés a dégénéré et fait, jeudi 14 octobre 2021, au moins six morts et une trentaine de blessés par balles, à Beyrouth. Les manifestants exigent le limogeage du juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port de la capitale libanaise.
Une manifestation organisée par les mouvements chiites Hezbollah et Amal pour exiger le limogeage du juge Tarek Bitar, en charge de l’enquête sur l’explosion au port de la capitale libanaise, a eu lieu jeudi. A cet effet, suite à des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre, au moins six morts et une trentaine de blessés par balles.
Cette manifestation a été organisée par le Hezbollah et le mouvement Amal pour exiger le remplacement du juge Tareq Bitar, qui est chargé d’interroger de hauts responsables, dont deux ex-ministres d’Amal. Dans un communiqué commun, les deux mouvements chiites ont accusé des « francs-tireurs postés sur les toits des immeubles » du secteur d’avoir tiré sur les manifestants. La séquence des événements qui a mené à l’embrasement reste cependant confuse, rapporte Le quotidien français Le Point.
Devant le palais de justice de Beyrouth, des centaines de jeunes hommes en noir crient leur haine envers le juge Bitar, le magistrat chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth, qui avait fait plus de 250 morts et 5 000 blessés le 4 août 2020. Presque aucun ne brandissait de drapeaux des mouvements chiites Amal et Hezbollah auxquelles ils appartiennent, remplacés par des drapeaux libanais, rapporte Radio France internationale.
Par ailleurs, l’explosion produite juste après que la Cour de cassation a rejeté des plaintes d’anciens ministres à l’encontre de Tareq Bitar, lui permettant de reprendre ses investigations. Mardi, Tareq Bitar avait lancé un mandat d’arrêt contre le député et ex-ministre des Finances Ali Hassan Khalil, membre du mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah. Mais il a été aussitôt contraint de suspendre son enquête après de nouvelles plaintes déposées par Ali Hassan Khalil et un autre député et ex-ministre d’Amal, Ghazi Zaayter, qu’il souhaitait interroger.
L’affaire a failli faire imploser mardi une réunion houleuse du gouvernement de Najib Mikati, formé en septembre après un blocage politique de près d’un an, les ministres relevant du Hezbollah et d’Amal ayant demandé que le juge soit remplacé, ce à quoi se sont opposés d’autres membres du cabinet.
L’explosion survenue le 4 août 2020 et causée par le stockage sans mesures de précaution d’énormes quantités de nitrate d’ammonium a fait au moins 214 morts, plus de 6 500 blessés et dévasté plusieurs quartiers de la capitale. Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités refusent toute investigation internationale et sont accusées par les familles des victimes et des ONG de torpiller l’enquête locale.
Ibrahim Djitteye avec Le Point
