Il aura fallu dix ans de crise, des centaines de milliers de déplacés et une décennie de silence cinématographique pour que quelqu’un décide enfin de mettre tout cela en images. Ce quelqu’un s’appelle N’Golo Diarra. Et son documentaire « Le Mali, un passé glorieux, un futur d’espérance », présenté en avant-première vendredi 17 juillet 2026 au Palais de la Culture Amadou Hampaté Bâ, est bien plus qu’un film. C’est un acte civique.
Sous le haut parrainage du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, Mahmoud Davé, et avec l’appui du Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC), le réalisateur a ouvert une fenêtre rare sur la réalité des personnes déplacées internes : ces Maliens que la crise a arrachés à leurs villages, à leurs terres, à leurs repères, et qui subsistent dans des zones d’accueil parfois lointaines, souvent oubliées des projecteurs médiatiques.
L’idée du film est née simplement. N’Golo Diarra travaille au contact des déplacés. Il écoute leurs histoires depuis des années. Il a d’abord pensé écrire un livre, puis il a réalisé que les images atteindraient ceux que les mots écrits ne touchent pas. Le FAMOC a sélectionné le projet et l’a financé. Le reste s’est construit sur le terrain, avec les contraintes du terrain : accès difficile à certaines régions, routes dangereuses, vols insuffisants. Le film porte ces limites sans les dissimuler, et c’est aussi pour cela qu’il est honnête.
Ce que le documentaire montre avant tout, c’est que les déplacés ne veulent pas la pitié. Ils veulent la paix. Ils veulent rentrer chez eux. Ils veulent que leurs enfants aillent à l’école. Ils veulent travailler. Les initiatives socio-professionnelles que le film présente en fin de métrage ne sont pas des anecdotes : elles sont le cœur du message. Tant que les déplacés n’ont pas accès à la formation, aux outils, à l’éducation, la sortie de crise reste une promesse sans lendemain.
Le directeur du Centre National de Cinématographie du Mali, Sidi Lamine Bagayoko, l’a dit avec clarté en clôture de la soirée : l’ambition est de réhabiliter le cinéma malien dans toute sa diversité, documentaire et fiction confondus. Des projections ont déjà débuté. Ce film en est un jalon. La cinéaste Fatoumata Coulibaly, dite Tantie FC, a lancé depuis la salle un appel aux partenaires : croire en les artistes maliens, croire en ce peuple, ne pas lâcher.
Le représentant de la Coopération suisse a pris la parole pour évoquer le programme Culturact, qui ouvre des financements aux acteurs culturels de Bamako et des régions. Il a été frappé, a-t-il confié, par les valeurs de solidarité et d’accueil illustrées dans le film, des valeurs que des pays bien plus riches auraient tout à apprendre.
N’Golo Diarra n’a pas la prétention de résoudre une crise que dix ans de diplomatie, de médiations et d’opérations militaires n’ont pas suffi à éteindre. Il offre un miroir. Il offre des visages. Il offre des voix. Et parfois, dans l’histoire des nations, c’est un film qui fait avancer ce que les discours n’ont pas réussi à bouger.
Kémoko Diabaté
