Les principales faîtières de la presse écrite privée malienne, réunies au sein d’un Cadre de concertation, veulent donner une nouvelle impulsion à l’organisation de la corporation. Réunies en Assemblée générale extraordinaire ce samedi 12 septembre au siège de l’Association des Éditeurs de Presse Privée (ASSEP), les responsables de l’ASSEP, du GROUPE et de l’UNAJEP ont réaffirmé leur attachement à l’unité de la profession. L’ordre du jour de ladite assemblée portait sur la préfiguration de l’organe d’autorégulation et la relecture de la convention collective ; elles ont dégagé la position de la presse écrite quant aux deux questions.
Les faîtières, au sortir de l’assemblée, se disent favorables à l’autorégulation, mais ont exprimé des réserves sur la méthode retenue pour sa mise en place. Elles ont remis en cause la révision de la Convention collective sur la forme et le contexte. En résumé, l’Assemblée a donné son quitus pour l’autorégulation, mais elle a rejeté, en l’état, la relecture de la convention collective. Les raisons.
La rencontre a réuni plusieurs responsables et acteurs de la presse écrite privée, notamment d’anciens dirigeants, des doyens de la profession, des directeurs de publication et des membres des bureaux des organisations concernées. Les échanges ont principalement porté sur deux questions majeures : la préfiguration de l’organe d’autorégulation de la presse et la révision de la Convention collective.
Pour les trois organisations, ces chantiers sont importants pour l’avenir de la profession et doivent, à ce titre, faire l’objet d’une démarche inclusive et transparente, impliquant effectivement les organisations représentatives de la presse écrite privée.
Autorégulation
Sur le principe, les organisations professionnelles ne contestent pas la nécessité de renforcer l’autorégulation de la presse. Elles considèrent même qu’un mécanisme crédible et efficace peut contribuer à renforcer la responsabilité des médias, à promouvoir le respect de l’éthique et de la déontologie et à restaurer davantage la confiance entre la presse et le public.
Le Président de l’ASSEP, Boubacar Yalkoué, a d’ailleurs tenu à préciser que la réserve exprimée par les trois organisations ne porte pas sur le principe de l’autorégulation, mais sur la démarche suivie pour sa mise en place. Selon lui, les réformes touchant à l’avenir de la profession doivent être discutées collectivement, dans la transparence et dans le respect des prérogatives de chaque organisation.
« Notre réserve porte donc sur la démarche, et non sur le principe », a-t-il souligné, estimant que le futur mécanisme doit être une véritable émanation de la profession et bénéficier d’une légitimité largement partagée.
L’ASSEP, le GROUPE et l’UNAJEP souhaitent ainsi être pleinement associés au processus, aux côtés des autres composantes de la presse. Pour eux, un organe d’autorégulation ne saurait être durablement efficace sans une concertation préalable avec les principales organisations représentatives du secteur.
Boubacar Yalkoué a notamment rappelé qu’une première commission avait été mise en place en 2025 autour de cette question. Il s’interroge sur le devenir des travaux engagés par cette commission et sur les raisons ayant conduit à la mise en place d’une nouvelle démarche, sans, selon lui, une concertation suffisante avec les acteurs précédemment impliqués.
Pour le président de l’ASSEP, l’enjeu est donc de parvenir à un Conseil des pairs véritablement représentatif, légitime et indépendant, capable de permettre à la profession de prendre elle-même en charge ses responsabilités en matière d’éthique et de déontologie.
Convention collective
La révision de la Convention collective constitue le second grand chantier au cœur des préoccupations des organisations de la presse écrite privée.
Les organisations professionnelles, sous les directives de l’Assemblée, reconnaissent la pertinence de la relecture de la convention, mais s’opposent à la procédure en l’état pour raison de forme et de contexte. La procédure en la matière n’a pas été respectée et la réalité vécue par les entreprises aujourd’hui n’est pas favorable à une telle réforme. Selon les organisations, toutes les parties signataires doivent être impliquées dès le départ par l’organisation qui exprime le besoin d’un tel exercice dans un délai de trois mois. L’inspecteur du travail de ressort aussi doit être saisi.
Parallèlement à cela, les faîtières mettent en avant le contexte économique particulièrement difficile pour les entreprises de presse. Les retards dans le versement de l’aide à la presse, la diminution des contrats publicitaires, la baisse des recettes et l’augmentation des charges fragilisent davantage les entreprises du secteur. Des raisons suffisantes qui ne sont pas favorables à la relecture de la convention maintenant. Il faudrait d’abord remplir ces conditions avant d’y aller. Telle est la position des organisations et l’État a un rôle important à y jouer.
« Une entreprise de presse économiquement asphyxiée ne peut durablement offrir de meilleures conditions à ses travailleurs », a fait valoir le Président de l’ASSEP, tout en appelant à rechercher un équilibre entre la protection des travailleurs et la capacité des entreprises à poursuivre leurs activités.
Parler d’une seule voix
Au-delà des réserves exprimées sur la méthode pour l’autorégulation, mais favorables à son installation, et les conditions posées pour la convention collective, l’ASSEP, le GROUPE et l’UNAJEP entendent surtout renforcer leur unité. La réunion extraordinaire vise ainsi à dégager une position commune sur les grands dossiers qui concernent l’avenir de la presse écrite privée.
Les trois organisations souhaitent désormais parler d’une seule voix auprès de la Maison de la Presse, des pouvoirs publics, des partenaires et des autres acteurs du secteur. Elles entendent également défendre collectivement les intérêts de la profession, notamment sur les questions économiques, sociales et institutionnelles.
Kémoko Diabaté.
