Le 31 mars 2026, la salle des Banquets du Centre International de Conférences de Bamako a accueilli la projection du film « Yambo Ouologuem : la blessure », réalisé par Kalidou SY. La cérémonie s’est tenue en présence du Premier ministre Abdoulaye Maïga, du Président du CNT Malick Diaw, de plusieurs membres du gouvernement, du ministre Mamou Daffé et d’un public nombreux composé de passionnés de culture et de littérature.
Le documentaire revient sur le parcours de Yambo Ouologuem, premier écrivain africain à obtenir le Prix Renaudot en 1968 avec son roman Le Devoir de violence. Ce succès l’avait propulsé au sommet de la scène littéraire parisienne. Mais des accusations de plagiat vinrent briser cette ascension, plongeant l’auteur dans une profonde blessure. Le film met en lumière cette trajectoire faite de gloire, de rupture et de retrait volontaire.
Après son retrait de la scène littéraire, Ouologuem s’était installé à Sévaré, où il vécut dans la prière et le silence jusqu’à sa disparition en 2017. Ce choix, perçu comme un acte de dignité et de résistance, témoigne de la force morale d’un homme confronté à l’adversité. Le documentaire se veut une œuvre de transmission, destinée à faire découvrir aux jeunes générations la vie et les écrits de l’auteur.
Dans son intervention, le ministre Mamou Daffé a exprimé « l’honneur et le réel plaisir de rendre hommage à Yambo Ouologuem », rappelant que cette initiative s’inscrit dans la volonté du Président de la Transition, Assimi Goïta, de valoriser les grandes figures du Mali. Il a souligné que l’écrivain incarne « le courage de regarder son histoire en face, avec ses grandeurs et ses zones d’ombre, afin de construire un avenir lucide ».
La projection a rappelé l’importance de l’œuvre de Ouologuem dans la littérature africaine. Refusant les visions idéalisées du continent, il osa confronter l’histoire africaine à ses grandeurs et ses zones d’ombre. Ce courage intellectuel fait de lui un repère pour la jeunesse africaine, en quête de lucidité et de liberté créative. Sa sincérité dans l’écriture demeure un modèle intemporel.
La présence des hautes autorités politiques et culturelles a donné à l’événement une portée particulière. Le Premier ministre et le Président du CNT ont marqué leur soutien à cette initiative, témoignant de l’importance accordée par les autorités à la mémoire des grandes figures intellectuelles du Mali. Le ministre Mamou Daffé a insisté sur la nécessité de « faire connaître sa vie et ses œuvres par la jeunesse du Mali et du continent africain ».
Au-delà de l’hommage, cette projection s’inscrit dans une dynamique de valorisation culturelle. L’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako porte désormais le nom d’Université Yambo Ouologuem, conformément au décret présidentiel du 13 décembre 2024. Cette décision traduit la volonté de donner une place durable à l’écrivain dans le patrimoine national et de rappeler son apport à la pensée africaine et mondiale.
Le film « Yambo Ouologuem : la blessure » rappelle que la littérature est aussi un espace de combat et de vérité. En retraçant la chute brutale de l’écrivain, il invite à réfléchir sur les mécanismes d’exclusion et d’injustice dans le monde littéraire. Il met en lumière la résilience d’un homme qui, malgré l’oubli, demeure une figure incontournable des lettres africaines et un symbole de courage intellectuel.
La cérémonie a été ponctuée de remerciements adressés à la famille de Yambo Ouologuem, au réalisateur Kalidou SY, à l’initiateur de la tournée nationale Tiambel Guimbaraya, ainsi qu’à la société de production « Élever la voix Films » et au Centre National de la Cinématographie du Mali. Tous ont contribué à faire de cet hommage une réalité et à offrir à la jeunesse une œuvre de mémoire et de réflexion sur l’importance de défendre la vérité.
Yambo Ouologuem, malgré son destin tragique, reste un symbole de courage intellectuel et de liberté créative. Cet hommage redonne à l’écrivain malien la place qu’il mérite dans l’histoire culturelle du continent et rappelle à la jeunesse africaine l’importance de défendre la dignité et la liberté de pensée.
Ibrahim Kalifa Djitteye
