Organisation des examens de fin d’année : L’enseignant Fousseyni MALLE écrit à la ministre de l’Éducation nationale

A Mme Sidibé Dédéou Ousmane, Ministre de l’éducation Nationale du Mali

Objet : alerte sur l’organisation des examens nationaux (DEF et BAC) et le non-respect du calendrier de l’année scolaire

MADAME, je m’inquiète et viens par la présente attirer VOTRE attention sur le ‘’GRAND CORPS MALADE’’ de la république du Mali, l’Éducation Nationale, dont VOUS êtes actuellement le médecin chef. Ce texte n’a pas vocation de faire polémique, mais de vous alerter sur certains dangers que court l’école malienne. Il s’agit entre autres des conditions d’organisation des examens de fin d’année pour éviter de revivre les scénarios similaires à ceux des trois dernières années et du désordre qui règne dans les écoles privées du Mali. Les fuites des sujets sur les réseaux sociaux, le laxisme dans les surveillances, la corruption et la tricherie dans les salles d’examen avec la complicité des responsables des centres sont un secret de polichinelle. Beaucoup d’écoles privées (plus de la majorité) du Mali évoluent en hors-la-loi ; les décisions du ministère ne sont pas suivies à la lettre au vu et au su des Académies d’Enseignement respectives qui ne réagissent point. Ces points saillants constituent l’essentiel de cette lettre qui vous parviendra, j’espère et que le souci de réhabiliter et de redorer le blason de l’école malienne vous fera accorder du prix à la présente, j’espère bien.

MADAME, sans paraitre populiste, je veux en appeler à votre responsabilité élevée de venir très urgemment au secours de l’école malienne en cette période de GRANDE REFONDATION DE L’ETAT. Les maux de l’école malienne sont concrets et peuvent être guéris si bonne volonté y est mise. J’ose croire que ces propos ne tomberont dans les oreilles d’un sourd. Notre école souffre d’une maladie curable, mais faute de médecin ou manque d’engagement, le malade s’affaiblit de jour en jour. Pour nous rafraichir un peu la mémoire, je m’appuie d’entrée sur ces propos d’un sage chinois sur le rôle de l’éducation dans un pays:

« si vous voulez détruire un pays ennemi, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines. Il suffit de lui détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans, et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigés par des voleurs. Il vous sera alors très facile de les vaincre ».

Cette citation illustre bien malheureusement ce que nous sommes en train de faire à l’école malienne en n’agissant pas contre et ne dénonçant pas les pratiques qui détruisent notre éducation. L’école malienne n’est pas victime d’attaques extérieures, le problème c’est vous et nous et je dirai même de façon littérale que : ce ne sont pas des maux de ventre plutôt des maux des yeux. Les pratiques malsaines sont connues de tous. Les différents ministres qui se sont succédé à la tête de ce département ne se sont pas, en réalité, enquéri des vrais problèmes. J’ose espérer que vous ferez exception si vous lirez la présente. L’école est le plier du développement et celle du Mali semble être le dernier souci des dirigeants si on l’on s’en tient au statu quo.

MADAME, le système éducatif malien est défaillant et va de mal en pis. Si rien n’est fait, le glas de l’école va sonner et l’avenir du pays sera en péril. Dernièrement, les examens ont été marqués par des fuites des sujets. Le ministère a toujours parlé de l’ouverture des enquêtes qui, en réalité, ne sont que de la poudre aux yeux. Nous attendons encore des résultats des enquêtes précédentes alors que d’autres examens se profilent à l’horizon.

COMMENT POUVONS-NOUS ETRE OPTIMISTES DANS CETTE ALLURE ?

MADAME, Les années se sont succédées, les mêmes pratiques ont été remarquées, mais pas un seul coupable identifié et puni conformément à son délit, disons-le comme ça.

A titre de rappel, après la mascarade de l’année passée, c’est un réparateur de téléphone sis à Banconi qui a été arrêté comme auteur des fuites de sujets. Comble de l’ironie. Qui va le croire ? Où sont gardés les sujets après leurs validations ? au marché Dibida ?

à Malitel Da pour que ledit réparateur en ait accès ? Je n’y croirai jamais. Croyez-moi, MADAME, personne n’a cru à cette théorie. Les erreurs du passé c’est, comme disent littéralement les gens, de l’eau versée que l’on ne peut plus retenir ; mon inquiétude et la

question préoccupante est QU’AVEZ MIS EN PLACE POUR EVITER UN ‘’REMAKE’’ DU PASSE ?

MADAME, si les sujets font fuite, je pense qu’il faut chercher les coupables dans les Ministère de l’éducation, dans les Académies d’Enseignement, dans les CAP ou auprès des présidents des centres d’examen. Comme cela, l’opinion nationale croira à VOTRE bonne volonté de faire la lumière sur les faits. Mais, malheureusement, vos démarches montrent que

VOUS cherchez seulement un bouc émissaire à jeter aux pâtures. Sinon COMMENT CE

PEUT-IL QUE LES SUJETS FASSENT FUITE ET QU’AUCUN HAUT ADMINISTRATEUR SCOLAIRE NE SOIT IMPLIQUE ?

MADAME, sur ce point, je vous suggère de bien contrôler et de restreindre le nombre des personnes qui ont accès aux sujets de leurs élaborations et à leurs acheminements dans les centres d’examen. Je voudrais VOUS proposer également de restreindre l’accès aux réseaux sociaux qui favorisent la divulgation et le partage des sujets.

MADAME, en dépit de la fuite générale des sujets, la police de surveillance n’est pas respectée, le laxisme de certains collègues ou sont corrompus par les élèves et leurs parents avec la bénédiction des présidents des centres pour permettre la tricherie. Dans certains centres, tous les sujets sont traités pour les candidats parce que les superviseurs ne passent généralement dans les centres qu’une seule fois. Par conséquent, les élèves médiocres sont admis, parfois, au détriment des meilleurs qui décident de fournir d’effort d’eux-mêmes. Dans cet état des choses, que deviendra ce pays quand ces élèves médiocres et tricheurs seront dans les affaires de l’Etat ; quand ils devront diriger ce pays ??? La réponse est connue et elle se trouve dans la citation susdite. Ce que je sais, c’est que, consciemment ou non, nous serons tous responsables du malheur qui arrivera à notre patrie si chacun ne s’occupe pas convenablement de la tâche que les circonstances lui ont confié.

MADAME, la responsabilité est partagée, mais la VOTRE est plus engagée que celle des autres acteurs de l’Education. VOUS êtes la commandante en chef de ce département, faites de VOTRE mieux. Si VOUS le croyez déjà fait, alors le résultat n’est pas flatteur et n’honore pas les autorités de la transition, les initiateurs de la REFONDATION. Tout commence à l’école, de même pour la vraie REFONDATION de l’Etat. Changez vos plans, revoyez vos copies, investissez-vous personnellement dans l’organisation de ces examens pour que l’on puisse, une fois, voir un vrai examen. Sinon sans manquer du respect aux uns et aux autres, nous avons vu, l’année passée, tout sauf un examen, mais plutôt -des révisions de fin d’année-. Et je me demande comment ces élèves pouvaient être fiers d’être admis à cette mascarade. Qu’en est-il de ceux ou celles qui ont bénéficié des bourses d’études à l’extérieur du pays ? Pourront-ils causer fièrement avec leurs condisciples d’autres pays qui savent, à travers les réseaux sociaux, qu’ils ont obtenu des mentions grâce aux fuites des sujets ??? MADAME, agissez en maître de ce lieu, mettez le glaive de la justice en marche, identifiez les vrais auteurs de ces délits, punissez-les pour que ça cesse et que l’école malienne retrouve sa performance, son honneur d’antan.

Par ailleurs, je voudrais aussi VOUS faire part de mon inquiétude par rapport à l’injustice dont sont victimes les élèves orientés dans les écoles privées.

MADAME, vos subalternes dans les Académies d’Enseignement ne transmettent pas bien vos décisions aux promoteurs des écoles privées et ne veuillent pas non plus au respect strict des décrets régissant le fonctionnement de l’école. A propos des établissements secondaires privés du Mali, les décrets officiels sont contournés au profit des caprices économiques de certains promoteurs d’école qui pensent plutôt à s’enrichir que de donner une formation de qualité aux enfants. MADAME, ce ne sont pas de simples allégations, toutes les accusations contenues dans la présente peuvent être confirmées par un autre collègue qui évolue dans le secteur privé si toutefois, il a le courage de prendre des risques.

MADAME, pour votre information, les classes de 11ème (Lycée) et de 2ème Année (professionnel et technique) de beaucoup de lycées des Académies d’Enseignement de Kati et des Rives Gauche et Droite de Bamako sont en grandes vacances depuis mi-mai 2022 et les 10ème et 1re l’ont été fin mai contrairement au calendrier en vigueur. En calculant le nombre de mois de cours, ça donne 6 mois sur 9 mois de l’année scolaire dans lesdites écoles à la différence des écoles publiques où dans les zones ou les Académies d’Enseignement ont réajusté les dates de composition de la 2ème période en fin juin et début juillet pour se conformer au nouveau calendrier dévoilé par votre département. C’est le cas des Académies d’Enseignement de Kalaban-coro (Bamako), de Sikasso, de Ségou, de San j’en oublie et dont je salue la responsabilité. Comment pouvons-nous bien exécuter dans 6 mois un programme conçu pour être exécuté dans 09 mois ? Les collègues sont obligés de choisir certaines leçons et laisser d’autres pour l’exécution avant que le promoteur n’appelle le censeur et lui ordonne d’arrêter les cours mettant ainsi fin à l’année scolaire dans son école comme et quand bon lui semble.

En conséquence, les élèves de ces écoles privées n’ont pas le même bagage intellectuel que leurs condisciples des écoles publiques et pourtant ils seront soumis aux mêmes évaluations lors des examens de fin d’année (BAC, D.E.F, BT, CAP etc). Quelle injustice ? Et il faut rappeler que ces promoteurs perçoivent 9 mois de subvention provenant de l’Etat pour ne donner que 6 mois de cours aux classes de 10ème et 11ème. De la pure escroquerie de l’Etat et du vol à ciel ouvert. MADAME, Vous n’avez qu’à mandater des inspecteurs spéciaux pour le constat, le résultat viendra clore le débat. Je le dis en connaissance de cause et je m’assumerai dans toutes les circonstances. Cela dit, je ne voudrais pas jeter le discrédit sur toutes les écoles privées dans les zones citées, celles qui se soucient de la formation des enfants sont connues de tous ; ‘’ les morveux se connaissent et feront mieux de se moucher’’ pour que l’école malienne puisse se retrouver.

MADAME, le désordre règne dans le secteur privé de l’Education malienne, les dates officielles de congé et des vacances ne sont pas respectées ; on libère tôt les élèves beaucoup d’écoles privées afin de réduire les masses salariales en fin de mois.

MADAME, ces pratiques sont monnaie courante dans les écoles des Académies d’Enseignement citées depuis longtemps sans que les gens aient le courage de les dénoncer par peur de représailles. Et enfin de compte, ce sont les élèves qui ramassent les pots-cassés. Ces élèves sont privés d’un droit ultime qui est la bonne formation. Et VOUS n’ignorez pas non plus que plus de 90% des établissements secondaires du Mali sont privés, ce qui signifie que la majorité des élèves sont formés dans les écoles privées. Si ces établissements fonctionnent de façon anormale, ça aura logiquement un impact négatif considérable sur l’école malienne dans son ensemble.

MADAME, le pouvoir donné aux Académies d’Enseignement par la décentralisation des pouvoirs est contre-productif. VOUS convenez avec moi que tout le monde ne pas être décideur. L’isolement du ministère de la gestion des affaires scolaires est à l’origine de ce fléau. Si VOUS voulez une EDUCATION NATIONALE performante, mettez toutes les écoles dans les mêmes conditions, purifiez le secteur privé. Ne donnez pas le plein pouvoir aux Académies d’Enseignement. L’organisation des évaluations ne doit pas dépendre des Académies, c’est au ministère de prendre les choses en main pour mettre l’école malienne sur les rails.

En espérant que la présente vous parviendra et que vous accorderez de l’importance à son contenu, je voudrais vous remercier pour les efforts que vous fournissez déjà pour l’école malienne et vous exhorter une fois de plus de prêter attention aux points saillants de cette lettre. En ce qui concerne ma personne, cette dénonciation peut me tomber dessus, mais peu importe ; je pense avoir agi pour une cause commune car, l’intérêt collectif prime sur le particulier. C’est un devoir et une obligation pour tous les citoyens maliens de faire de leurs mieux pour ce pays en toutes circonstances.

L’école malienne est malade et crie AU SECOURS !!! Maintenant, allez-vous venir A SON SECOURS ???

Fousseyni MALLE, professeur de Lettres

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