Le président de la transition, le général d’Armée Assimi Goïta a reçu 15 juin à Koulouba, le ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Sidi, porteur d’un message du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Après un moment de bras de fer entre les deux pays, cette option diplomatique pourrait ouvrir une nouvelle phase dans la lutte contre le terrorisme au Mali et au sahel en général.
Porteur d’un message du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à son homologue malien, Hanana Ould Sidi a été reçu par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. La visite du ministre mauritanien de la Défense au palais de Koulouba lundi 15 juin 2026 est un signal politique qui dépasse le simple cadre protocolaire.
Ces dernières années, les relations entre Bamako et Nouakchott ont été secouées par une forte tension liée à la gestion de la menace terroriste qui règne dans la région depuis plus d’une dizaine d’années. Cette visite vient donc témoigner de la volonté commune des deux pays de préserver des liens historiques de fraternité qui ont toujours existé de part et d’autres d’une frontière longue de 2 200 kilomètres.
Il faut rappeler que cette vaste bande frontière servait à la fois à la circulation des populations où les commerçants et les éleveurs transitaient librement, mais aussi une zone d’activité pour des groupes armés qui exploitent les faiblesses sécuritaires de la région.
En effet, les tensions entre les deux pays se sont toujours accentuées à mesure que la crise sécuritaire malienne s’est aggravée. D’ailleurs, les autorités maliennes ont à plusieurs reprises exprimées des préoccupations concernant la présence présumée de groupes armés ou d’éléments hostiles dans les zones proches de la frontière mauritanienne. Des accusations systématiquement rejetées par Nouakchott, qui affirme maintenir une politique de vigilance et de coopération contre le terrorisme.
À ces divergences se sont ajoutées des préoccupations liées aux mouvements de populations où des incidents impliquant des ressortissants mauritaniens en territoire malien, les difficultés rencontrées par certains opérateurs économiques ainsi que les contraintes affectant les activités pastorales transfrontalières ont parfois nourri des incompréhensions entre les deux capitales.
Dans ce contexte, la visite du ministre mauritanien apparaît comme un geste d’apaisement et de relance du dialogue. Les déclarations mettant en avant les liens de fraternité, d’amitié et de solidarité entre les deux peuples traduisent une volonté commune d’éviter que les différends conjoncturels ne prennent le dessus sur les intérêts stratégiques partagés.
Il faut noter que la question humanitaire demeure également un facteur majeur du fait que la Mauritanie accueille depuis plusieurs années un important nombre de réfugiés maliens ayant fui les violences dans le nord et le centre du pays.
Cette situation place directement la stabilité du Mali parmi les priorités sécuritaires et humanitaires de Nouakchott. Plus la crise malienne se prolonge, plus ses répercussions se font sentir de l’autre côté de la frontière.
Pour le Mali, engagé dans une lutte intense contre les groupes terroristes, une coopération étroite avec la Mauritanie demeure essentielle pour renforcer le contrôle des espaces frontaliers et limiter les déplacements des groupes armés. Pour Nouakchott, la stabilité du voisin malien constitue une condition importante de sa propre sécurité nationale.
Au niveau régional, cette dynamique revêt une importance particulière. Alors que le Sahel reste confronté à une multiplication des menaces sécuritaires, une relation apaisée entre Bamako et Nouakchott pourrait favoriser une meilleure coordination dans la lutte contre le terrorisme, la gestion des flux migratoires et la sécurisation des espaces transfrontaliers. Elle pourrait également contribuer à renforcer les passerelles de coopération entre la Confédération des États du Sahel et un voisin dont le rôle demeure stratégique dans l’équilibre régional.
Issa Djiguiba
