Bamako a abrité, le 25 septembre, le premier forum annuel de l’AMRTP et des associations de consommateurs. Cette rencontre s’inscrit le cadre du dialogue permanent entre pouvoirs publics, opérateurs et usagers afin d’avoir une convergence de vue sur les défis en face. La rencontre du jeudi était placée sous le thème « Identification des abonnés aux services des télécommunications/TIC : les enjeux de la protection des données à caractère personnel des citoyens ».
Au cours de la première rencontre entre l’AMRTP et des associations de consommateurs, le ministère de la Communication, de l’économie numérique et de la modernisation de l’administration a mis l’accent sur l’équilibre entre identification et protection des libertés.
Représentante par Mme Zarha Walet Hamed Idda, la responsable a rappelé le rôle de « maillon essentiel » de l’identification des abonnés pour lutter contre la criminalité, l’usurpation d’identité et sécuriser l’espace numérique. « Protéger les citoyens en général et les consommateurs en particulier, renforcer la confiance dans l’environnement du numérique, mettre à la disposition des décideurs des statistiques fiables et des outils modernes » doivent rester des priorités, selon elle.
Qualifiant le mécanisme d’impératif sécuritaire, Mme Walet Hamed Idda a toutefois mis en garde contre la transformation de cet impératif à une menace. « Cet impératif ne doit se transformer en menace contre les libertés individuelles ni en blocage au développement du secteur », a-t-elle insisté. Ainsi, Mme Walet a rappelé l’existence de dispositifs de veille et de régulation visant justement à garantir la protection des données personnelles des Maliens « avec la plus grande rigueur ». A ses dires, l’ambition du gouvernement sur la question est claire : « faire du Mali un pays où chaque citoyen peut bénéficier des opportunités du numérique dans un climat de confiance et de sécurité ».
Dans le même ordre d’idée, le représentant des associations de consommateurs, Makan Fofana, a, lui aussi, souligné la nécessité d’un équilibre entre impératif sécuritaire et protection des droits fondamentaux. « L’identification ne doit jamais compromettre le droit fondamental des citoyens à la vie privée », a-t-il martelé. Une occasion M. Fofana de formuler plusieurs recommandations, parmi lesquelles le renforcement de la cybersécurité, la transparence sur l’utilisation des données collectées, l’interdiction des ventes de puces promotionnelles et un accompagnement spécifique des populations vulnérables, notamment les personnes âgées, analphabètes ou vivant en zones rurales.
De son côté, le président de l’AMRTP, Saidou Pona Sankaré, a tenu à rappeler que l’identification des abonnés n’est pas « un exercice ordinaire ». Qu’à cela ne tienne, il a réaffirmé l’engagement de son institution à imposer aux opérateurs un enregistrement rigoureux, le respect strict des normes de protection des données et des audits réguliers pour vérifier la conformité.
« L’AMRTP assumera toutes ses responsabilités prévues par la réglementation en cas de manquement », a-t-il prévenu, avant de saluer l’appui du président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, qui a fait du numérique et des télécommunications des piliers de la stratégie de développement du pays.
Il faut noter que ce premier forum du genre témoigne de la volonté partagée des autorités, du régulateur et des consommateurs de bâtir une souveraineté numérique solide, sans sacrifier les libertés individuelles. Un défi majeur qui intervient alors que le Mali entend faire du numérique un moteur de son développement, dans la ligne de la stratégie « Vision Mali 2063 ».
Issa Djiguiba
