Les attaques terroristes du 25 avril 2026 ayant visé plusieurs localités du Mali ont plongé le pays dans une vive émotion. Au-delà du choc et de la douleur, ces événements ont également provoqué une montée inquiétante des tensions, amplifiée par la circulation de rumeurs, de discours de haine et d’informations non vérifiées, notamment sur les réseaux sociaux.
Dans un contexte aussi sensible, la responsabilité collective est engagée. Chaque mot, chaque publication, chaque prise de parole peut soit contribuer à apaiser, soit aggraver une situation déjà fragile. Les appels répétés des autorités, des organisations professionnelles et des acteurs de la société civile convergent vers un même impératif. Il s’agit de privilégier la retenue, la vérification de l’information et le respect des valeurs de cohésion sociale.
La Maison de la Presse du Mali a récemment rappelé que les médias devaient rester des vecteurs de paix et non des relais de divisions. Ce rôle est d’autant plus crucial que l’opinion publique, en quête de repères, est exposée à une avalanche de contenus souvent contradictoires. Dans ce flot, la frontière entre information et désinformation devient parfois difficile à discerner.
Or, l’histoire récente du pays montre que la désinformation peut avoir des conséquences graves, en attisant les peurs et en alimentant les amalgames. Dans un pays marqué par la diversité culturelle et religieuse, toute dérive verbale peut rapidement prendre une dimension nationale.
Face à cette réalité, plusieurs institutions, dont le Centre de Coordination et de Gestion des Crises et Catastrophes, appellent les populations à faire preuve de vigilance et à se référer exclusivement aux sources officielles. Cet appel s’inscrit dans une logique de protection de l’ordre public, mais aussi de préservation de la sérénité nationale.
L’enjeu dépasse la seule question sécuritaire. Il touche au vivre-ensemble, fondement de la société malienne. Dans les moments de crise, la tentation de la stigmatisation ou du repli identitaire peut émerger. Pourtant, c’est précisément dans ces périodes que la tolérance doit être renforcée.
Les leaders d’opinion, les responsables communautaires, les journalistes et les citoyens ont chacun un rôle à jouer. Promouvoir un discours responsable, refuser la manipulation, encourager la solidarité. Autant d’attitudes qui contribuent à désamorcer les tensions.
Il ne s’agit pas de nier les difficultés ni de taire les inquiétudes légitimes, mais de les exprimer dans un cadre constructif. La liberté d’expression ne saurait être un prétexte à la propagation de propos haineux ou à l’incitation à la division.
Aujourd’hui, plus que jamais, le Mali a besoin d’un sursaut collectif. Un sursaut qui place l’intérêt national au-dessus des clivages, qui privilégie l’unité face à l’adversité et qui fait de la parole un outil de paix plutôt que de discorde.
Dans cette épreuve, la résilience du peuple malien reste un atout majeur.
Kémoko Diabaté
