« Telle mère, telle fille », dit-on. Mais à Bourem, Karerata Attayabou, forte de plus de 70 hivernages, est désormais plus facilement reconnue à travers ses filles, Fanny Sali et Hadeye Sali… comme si l’histoire avait décidé de remonter le fil à l’envers. Preuve que parfois, ce sont les filles qui finissent par signer l’identité de la mère.
Et la complicité qui les unit dépasse le simple lien filial : elle porte les traces d’un parcours, d’un vécu, et d’une influence réciproque où chacune semble avoir façonné l’autre.
Née à Bourem, Karerata Attayabou appartient à une génération charnière, à cheval entre traditions rurales et premières ouvertures vers le monde extérieur.
Paradoxalement, bien qu’issue d’une famille dont les parents comptaient parmi les cadres de ce pays, elle ne connaîtra pas le chemin de l’école. Une absence d’instruction formelle qui contraste fortement avec son parcours de vie, marqué très tôt par une immersion hors du Mali.
Encore enfant, à peine âgée de moins de dix ans, elle est propulsée en Europe, entre l’Hexagone et Bruxelles, par la force du mariage.
Dans la capitale belge, elle partage près d’une décennie de vie avec son époux, alors chauffeur à l’ambassade du Mali. Une expérience atypique, faite d’exposition à d’autres réalités sociales et culturelles, mais qui ne se traduira pas immédiatement par un élargissement du cercle familial. Ce n’est qu’au retour au Mali que la famille prendra véritablement forme.
Le retour marque le début d’une vie faite de mobilité et d’adaptation. Bamako d’abord, où l’époux sert aux Affaires économiques (aujourd’hui Commerce et Concurrence), puis Gao, dans l’univers des Douanes du Mali. Autant d’étapes qui traduisent une existence en mouvement, avant qu’un événement décisif (le décès du père de ses enfants, Mohamed Assaliha dit Sali) ne la ramène définitivement à Bourem, où elle s’ancre durablement.
C’est là que Karerata Attayabou va progressivement construire sa seconde vie : celle d’une actrice sociale engagée.
Elle s’illustre dans les associations féminines, notamment au sein du CÈRÈFAABA (Entraide en Songhay) sous la conduite de Salma Boulkassoum, où elle s’investit dans des activités génératrices de revenus comme le maraîchage et la teinture.
Son engagement dépasse le cadre économique : elle milite pour les droits des enfants (APDF), participe activement aux initiatives de la CAFO (Coordination des Associations et Organisations Féminines) et s’implique dans le Bureau Régional des Personnes Âgées de Gao, s’imposant comme une figure de proximité au service des couches vulnérables.
Son passage en Europe, bien que n’ayant pas débouché sur un parcours scolaire classique, lui laisse un héritage précieux : une maîtrise acceptable et fonctionnelle du français. Un outil qu’elle met au service de l’alphabétisation des femmes de Bourem, contribuant ainsi, à son échelle, à combler le fossé éducatif et à renforcer l’autonomie des femmes.
Sur le terrain politique, Karerata Attayabou incarne une fidélité militante. Elle fait ses premiers pas au sein du BDIA Faso Djigui de Tiéoulé Mamadou Konaté, où elle s’engage activement dans la structuration de la base à Bourem. Aux côtés d’Aïssata Alarba et de Sada Abdrahamane, elle participe à l’implantation de plusieurs cellules, de Tondibi à Bourem Djindo en passant par le Haoussa, jusqu’au Gourma, parfois dans des conditions précaires et hostiles, sous la menace réelle des hippopotames et d’autres dangers aquatiques, témoignant d’un militantisme de terrain, rugueux et déterminé.
L’évolution du paysage politique la conduira, par le jeu des relations familiales et des dynamiques d’alliances, à rejoindre le parti de son beau-frère, Ibrahim Boubacar Keïta, lors de la création du RPM. Un repositionnement qui illustre à la fois sa capacité d’adaptation et son ancrage dans les réseaux politiques nationaux.
Aujourd’hui, face aux défis sécuritaires et socio-économiques que traverse Bourem, Karerata Attayabou adopte une posture d’appel et de rassemblement. Elle se veut la voix d’une génération qui croit encore en la solidarité communautaire.
Pour elle, l’avenir de Bourem repose sur l’unité de ses fils et filles, sur leur capacité à transcender les divisions pour faire face ensemble à l’adversité.
Au final, Karerata Attayabou apparaît comme une femme de contrastes : sans instruction formelle mais riche d’expériences, enracinée dans la tradition mais ouverte au monde, actrice de l’ombre mais influente dans les dynamiques locales.
Et si aujourd’hui son nom se lit à travers celui de ses filles, c’est peut-être aussi parce qu’elle a su, à sa manière, écrire une histoire dont elles portent désormais l’écho.
Source BURAM TIIRAA
