Confrontés à des difficultés économiques persistantes, à la concurrence des réseaux sociaux et à la prolifération des fausses informations, les médias maliens doivent redoubler d’efforts pour préserver la qualité de l’information. Face à cette situation, la rigueur journalistique, la vérification des faits et l’indépendance éditoriale demeurent les principaux remparts contre la désinformation. Pour plus savoir sur le sujet qui mine les médias traditionnels, nous avons tendu notre micro à Aliou Touré, Directeur de publication du journal Le Démocrate et président de l’Union nationale des journalistes éditeurs de presse du Mali (UNAJEP), qui nous a évoqué parmi tant autres sujet, les défis liés au traitement des sujets sensibles et a plaidé pour une plus grande représentativité des femmes dans les médias.
Au Mali, les difficultés économiques constituent l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les organes de presse. Baisse des recettes, coût élevé de la production et contraintes de fonctionnement fragilisent le secteur. Pour autant, Aliou Touré refuse d’établir un lien direct entre les difficultés financières et la qualité de l’information.
« La qualité de l’information ne dépend pas uniquement des moyens financiers », affirme-t-il d’emblée. Si les réalités économiques compliquent le travail quotidien des rédactions, elles ne doivent pas conduire à un abandon des exigences professionnelles. « La crédibilité d’un média est son bien le plus précieux », insiste le directeur de publication du journal Le Démocrate, précisant que son équipe privilégie en permanence la vérification des faits, le professionnalisme et l’indépendance éditoriale.
L’essor des réseaux sociaux a profondément modifié la circulation de l’information. Pour Aliou Touré, cette évolution impose aux médias traditionnels de s’adapter sans pour autant renoncer à leur mission première.
« Nous ne considérons pas les réseaux sociaux comme des adversaires », explique-t-il. Son organe de presse mise désormais selon lui, sur des contenus numériques, des vidéos courtes, des émissions interactives et des formats adaptés aux nouveaux usages. Toutefois, il rappelle que la différence fondamentale entre les médias professionnels et les plateformes sociales réside dans le processus de vérification. « Nous vérifions les informations avant de les publier. C’est cette exigence qui fait la valeur d’un média professionnel. »
En ce qui concerne la prolifération de la désinformation, le directeur de publication du journal Le Démocrate, estime qu’il demeure une source de préoccupation majeure. « La désinformation peut créer la confusion, alimenter les tensions et affaiblir la confiance entre les citoyens et les institutions », avertit-il. Face à cette menace, il trouve que les médias ont une responsabilité accrue dans la production d’une information fiable, équilibrée et rigoureusement vérifiée.
Les sujets liés aux conflits, au genre et aux élections nécessitent, selon le président de l’UNAJEP, une vigilance particulière. Leur traitement peut avoir des répercussions importantes sur la paix sociale et la cohésion nationale.
Pour éviter toute dérive, la rédaction du « Le Démocrate » privilégie le recoupement des informations, s’appuie sur des sources crédibles et veille à donner la parole aux différentes parties concernées. « Notre rôle est d’informer avec responsabilité et de contribuer à un débat public apaisé », souligne-t-il.
Interrogé sur la place des femmes dans les médias, Aliou Touré reconnaît que des efforts restent à fournir. Il plaide pour une meilleure représentativité des femmes aussi bien dans les contenus que dans les rédactions.
« Nous sommes convaincus que les femmes doivent occuper une place plus importante dans le paysage médiatique malien », affirme-t-il. Il souhaite renforcer leur présence au sein des équipes rédactionnelles, favoriser leur accès aux postes de responsabilité et encourager leur participation aux formations professionnelles. Pour lui, une presse plus inclusive est aussi une presse plus représentative de la société malienne.
À travers cette vision, Aliou Touré rappelle que, malgré les multiples défis auxquels fait face la presse malienne, le respect des principes du journalisme demeure indispensable pour préserver la confiance du public et garantir une information de qualité.
Tioumbè Adeline Tolofoudié
