La formation du nouveau gouvernement sénégalais, intervenue début juin 2026, marque une évolution notable dans les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. La décision du parti Pastef de ne pas participer à la nouvelle équipe exécutive ouvre une phase de recomposition politique au sommet de l’État.
Selon plusieurs déclarations du Premier ministre sortant Ousmane Sonko, des divergences seraient apparues au cours des derniers mois sur la gestion du parti et sur la coordination entre les instances politiques et l’exécutif. Le leader de Pastef affirme notamment avoir constaté des tentatives de dialogue direct entre la présidence et certains membres du parti en dehors des canaux internes.
De son côté, la Présidence de la République n’a pas encore livré de communication détaillée sur les raisons de la nouvelle configuration gouvernementale. Elle s’est, toutefois, limité à la publication de la liste des membres du cabinet dirigé par le nouveau Premier ministre.
Rupture politique
Cette évolution intervient dans un contexte institutionnel déjà marqué par une reconfiguration du paysage politique depuis l’élection présidentielle de 2024. Le duo Faye–Sonko, longtemps présenté comme une alliance politique structurante, connaît depuis plusieurs mois des tensions publiques autour de la gestion de l’exécutif et du rôle des instances partisanes.
La situation est intervenue alors même que l’Assemblée nationale a adopté une loi ouvrant la possibilité pour Ousmane Sonko de se présenter à l’élection présidentielle de 2029, après une période d’inéligibilité liée à une condamnation judiciaire antérieure. Cette évolution législative reconfigure les perspectives politiques à moyen terme, en repositionnant plusieurs acteurs sur l’échéance électorale à venir.
Dans l’analyse de cette séquence, certains observateurs politiques évoquent plusieurs hypothèses. La première est celle d’une réorganisation interne du pouvoir visant à clarifier les rôles entre institutions exécutives et parti politique, dans un contexte où les chevauchements entre responsabilités gouvernementales et partisanes ont été fréquents. Une tout autre lecture avancée dans le débat public considère que la séparation entre les deux figures pourrait permettre une redistribution des positions politiques à l’approche des échéances futures, notamment celle de 2029. Dans cette perspective, la reconnaissance des droits politiques de Sonko par le vote parlementaire est parfois mise en relation avec une recomposition progressive des équilibres au sein de la majorité issue de 2024.
Ces analyses restent toutefois spéculatives. Puisque, elles ne font pas l’objet de confirmation officielle de la part des acteurs concernés.
Bilan gouvernemental mitigé
Sur le plan de l’action publique, la période de deux années passées par Ousmane Sonko à la Primature fait l’objet d’évaluations contrastées dans l’opinion et chez certains analystes. Plusieurs indicateurs économiques et sociaux restent au centre des préoccupations, notamment le coût de la vie, la situation budgétaire et la mise en œuvre de certaines réformes annoncées.
En conséquence, la rupture politique entre les deux anciens alliés est parfois interprétée comme un moment de repositionnement discursif permettant à chaque camp de dissocier son action du bilan gouvernemental partagé depuis 2024.
La séquence actuelle réactive des débats sur la gestion des périodes de tensions politiques entre 2021 et 2023 où des manifestations et des affrontements ont lieu et entraîné des pertes humaines, des blessés et des arrestations. À ce jour, plusieurs organisations de la société civile et acteurs politiques continuent d’appeler à des mécanismes de clarification, de justice ou de réparation concernant ces événements. Aucun dispositif global de justice transitionnelle n’a encore été formellement mis en place si l’on s’en tient aux déclarations d’Ousmane Sonko qui tentait, quelques fois, d’amener cette question au centre des débats.
À court terme, la situation ouvre une période d’incertitude relative sur la stabilité de la majorité politique et sur la structuration des alliances autour de l’exécutif et du Parlement. Les prochains mois devraient permettre de préciser si la rupture entre les principales figures de la coalition présidentielle se traduit par une recomposition durable ou par une reconfiguration tactique des rapports politiques.
Dans tous les cas, la conjoncture confirme l’entrée du Sénégal dans une phase où les équilibres institutionnels et partisans sont en cours de redéfinition, sur fond de préparation des échéances électorales à venir.
Kémoko Diabaté
