Sékou Niamé Bathily, Chargé à la Communication du Cadre d’Échange des Partis Politiques : « Nous ne sommes pas une opposition, mais un soutien à la réussite de la transition »

Sékou Niamé Bathily n’est pas un cadre inconnu sur l’échiquier politique. Pas un dinosaure, mais un jeune qui sait où mettre les pieds et sur qui le Mali de demain peut compter. Respectueux, courtois dans les échanges, il a bien voulu nous accorder une interview aux tours des questions cruciales qui animent le débat public sur la vie de la Nation.

D’emblée, Bathily clarifie la position du cadre au sujet de la transition. Ils ne sont pas une opposition mais un soutien. Alors comment arriver à la réussite de la transition ?

Lisez sa vision.

Bonjour Monsieur. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Réponse : Je me nomme Sékou Niamé Bathily, élu communal, Secrétaire général de la section RPM de Nioro du Sahel et Chargé de communication du président du RPM, le Docteur Bokary TRETA.

 Nous apprenons que vous êtes le chargé à la communication d’un mouvement regroupant des partis politiques. Pouvez-vous nous expliquer les motivations de la création de cette plateforme ?

SNB : Oui, je suis le Chargé à la communication du Cadre d’Echange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie au Mali. Je rappelle que ce regroupement de la classe politique malienne a été créé en mois de juillet dernier à l’hôtel de l’amitié pour réitérer notre disponibilité à participer à toutes les initiatives de la transition pour asseoir une grande inclusivité dans la conduite des affaires publiques. Nous ne sommes donc pas une opposition à la transition mais un soutien à la réussite. C’est après plusieurs réflexions sur les situations sécuritaires, socio-politiques, sanitaires et économiques complexes et sensibles de notre pays que les partis et regroupements politiques ont décidé de créer le Cadre d’Echange. Les membres du cadre sont désireux d’accompagner utilement la transition politique en cours jusqu’à son terme convenu dans la Charte librement consentie par le peuple à la suite des concertations nationales de septembre 2020 et en considération des engagements pris par les autorités de la transition devant l’opinion nationale et la communauté internationale.

Des Maliens pensent que la majorité des membres de votre plateforme est responsable de la déliquescence du pays. Qu’en pensez-vous ?

SNB : Vous savez, dans notre pays, il y a malheureusement une importante partie de l’opinion qui ne reçoit que de l’information orientée tout simplement parce que le métier de journaliste a été pris en otage par des apprentis journalistes qui n’ont jamais fréquenté l’école du journalisme. Le Cadre d’Echange est composé de trois regroupements, 5 partis et 2 mouvements politiques. L’un des regroupements qui est l’Espérance Nouvelle Djigiya Koura composé de plus d’une vingtaine de partis politiques a été créé après le coup d’Etat du 18 août 2020. En outre, j’aimerai bien qu’on me dise qui n’a pas joué de rôle sous l’ancien régime même parmi ceux qui sont aux affaires ? Un petit rappel, sur 106 ministres utilisés par le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, seuls une trentaine était du parti au pouvoir (RPM), plus d’une vingtaine était des alliés politiques et le reste une cinquantaine répartie entre la société civile et les forces de défense et de sécurité. Alors qui n’a pas servi sous IBK ? Si l’échec y est, il est collectif mais les niveaux de responsabilité sont différents, que chacun s’assume. Qu’on arrête de stigmatiser certains maliens et donner carte blanche à d’autres pour les mêmes faits. Nous voulons rassembler les maliens, alors évitons les procès d’intention.

Nous constatons ces derniers temps un climat délétère entre vous et le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maiga. Qu’est ce qui explique cela ?

SNB : Après notre participation à tous les ateliers organisés par le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MATD) en janvier, mai et juin 2021 sanctionnés par des propositions partagées par une grande majorité de la classe politique et de la société civile, nous avons publié notre déclaration du 26 juillet 2021, suivie du Mémorandum du 24 août 2021 dans lequel nous avons détaillé une série, 04 points, de préoccupations relative à la gestion de la transition. Il s’agit de : le respect du délai de la transition pour asseoir le retour rapide à l’ordre constitutionnel normal ; le Chronogramme électoral et les réformes politiques et institutionnelles ; l’Organe Unique de Gestion des Élections et la tenue des Assises nationales de la refondation.

Les inquiétudes soulevées dans notre mémorandum ont été confirmées lors de la table ronde de validation des termes de référence des assises nationales et l’Organe unique de gestion des élections tenue les 24, 25 et 26 septembre 2021. La majorité de la classe politique n’a pas participé ou n’a pas été invitée. Certaines organisations de la société civile se sont tout simplement vu refuser l’accès à la salle. Le Premier ministre a fait fi des conclusions des ateliers entre le ministère de l’Administration Territoriale et de Décentralisation, la classe politique et la société civile concernant la loi électorale, la loi organique sur l’Assemblée nationale etc. Le Cadre d’Échange a écrit officiellement le Président de la Transition, le Président du CNT et le Premier ministre le 24 août 2021. Les deux premiers nous ont reçus et le Premier ministre n’a même pas répondu à notre demande d’audience. Il a pris une posture de mépris vis-à-vis de la classe politique. Il donne aisément raison à ceux qui disent qu’il est clivant et qu’il ne peut pas rassembler les maliens. Ses discours ainsi que ses actes le prouvent à suffisance. Les responsables du Cadre d’Échange ont prouvé leur bonne foi d’aller vers une solution concertée, hélas.

Quels sont vos rapports avec le Président de la Transition Assimi Goita?

SNB : Nous saluons l’esprit d’écoute du Président de la Transition qui nous a reçu le vendredi dernier à Koulouba. Contrairement à son Premier ministre qui méprise les efforts de ceux qui ne partagent pas la même vision que lui, le Colonel Assimi Goïta reconnaît l’importance et la valeur des partis et regroupements politiques membres du Cadre d’Echange. Nos échanges étaient francs et sincères nonobstant le maintien du Cadre d’Échange de sa position de non-participation aux assises nationales. Nous souhaitons continuer le dialogue avec le Président de la Transition sur les sujets d’envergure.

Vous exigez le respect des engagements pris dans la charte de la transition. Ne pensez-vous pas que cela est impossible au regard du reste du délai imparti ?

SNB : Depuis le début de ce que certains appellent “Rectification”, nous avons alerté les autorités de ne s’engager que sur les actions allant dans le sens de la fin de la transition. Les priorités dès le début pour nous étaient la sécurisation des maliens, les réformes essentielles et l’organisation des élections générales libres et transparentes. Le gouvernement a fait traîner les pieds pour ne rien faire pour permettre l’organisation des élections générales. Tout a été fait pour amener les maliens à reporter les élections. Malgré cela, la volonté politique peut permettre l’organisation des élections et éviter à notre peuple de subir des sanctions supplémentaires. Que les autorités commencent par rendre public le calendrier électoral clair et précis.`

Vous refusez d’aller aux assises nationales de la Refondation malgré les entretiens que vous avez eus avec le Président. Ne pensez-vous pas que ce moment est une belle opportunité pour discuter des remèdes qu’il faut pour le Mali ?

SNB : Nous avons estimé dès le début que ces assises sont inopportunes et coûteuses. Nous l’avons réitéré lors de la rencontre avec le Président de la Transition. L’effort que les autorités fournissent dans l’organisation de ces assises devraient être reportés dans d’autres secteurs (sécurisation, cherté de la vie et organisation des élections). Toute porte à croire que l’objectif principal de ces assises est la prorogation de la durée de la transition. Nous avons demandé au Président de la Transition de dissocier l’organisation des assises de la durée de la transition.

Quelles propositions faites-vous pour la réussite de la transition ?

SNB : Je demande aux autorités de redoubler d’efforts dans la sécurisation des maliens, de restaurer le cadre de concertation entre l’administration et les partis politiques, d’envoyer les conclusions des ateliers entre l’administration, les partis politiques et la société civile au Conseil National de Transition, de faire l’audit du fichier électoral, de reconstituer la CENI et de publier un chronogramme clair et précis des élections présidentielles. Avec ces mesures et en plus de l’annonce de la réduction des prix des denrées de première nécessité que je salue, nous pouvons réussir la fin de la transition et éviter à notre pays des sanctions supplémentaires.

Votre dernier mot.

SNB : Au nom du Cadre d’Échange et au mien propre, je remercie votre rédaction. Par la même occasion, j’appelle les maliens à la vigilance totale et à l’union sacrée.

Interview réalisée par Boubacar Yalkoué

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