Depuis le 9 janvier dernier, le Mali vit sous un embargo fort imposé par la conférence des chefs d’Etats et de gouvernement de la CEDEAO et de l’UEMOA. Des mesures de rétorsion jugées illégales et illégitime du fait de leur absence parmi les dispositions règlementaires des deux organisations sous régionales. Mais vu la nécessité pour le Mali de dépasser cette période de turbulence qui prend chaque jour des proportions plus inquiétantes, les autorités de la transition doivent urgemment s’inscrire dans une posture de sortie de crise afin d’éviter le pire sur la population. L’offre de dialogue du président de la commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat est donc une bonne opportunité à saisir.
Créée le 28 mai 1975 par le Traité de Lagos regroupant quinze (15) Etats, la CEDEAO a principalement pour objectif de promouvoir la coopération économique et politique entre les Etats membres. Tout comme l’UEMOA qui a pour objectifs de créer entre les Etats membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d’établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale, la CEDEAO cible également la population par la promotion et la consolidation d’un système démocratique de gouvernement dans chaque Etat membre tel que prévu par la Déclaration de Principes Politiques adoptée le 6 juillet 1991 à Abuja.
Donc, les sanctions de ces deux organisations sous régionales sur la population sont purement politiques. Cette illégalité a été d’ailleurs démontrée par beaucoup d’intellectuels avertis, non seulement au Mali mais aussi en Afrique à travers le monde. Selon eux, ces mesures de rétorsion visent uniquement à plier le Mali et à faire de lui un exemple pour servir de leçon à ceux qui souhaitent adopter la même posture. Mais conformément au principe de reprocité, le gouvernement de la transition a également coupé le pont avec les organisations sous régionales. Mieux, au nom d’une volonté de souveraineté, le gouvernement de la transition a mis dehors du Mali, le contingent danois devant participer dans la lutte antiterroriste au sein de la force européenne Task Takuba et ensuite l’ambassadeur de la France au Mali après une série d’attaques médiatiques entre les autorités maliennes et françaises. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur la résolution rapide de cette crise alors que les sanctions imposées au Mali continuent de faire progressivement leurs effets malgré les multiples efforts du gouvernement à amoindrir les impacts sur la population.
Favoriser le dialogue
Selon les statistiques recueillies auprès de l’économiste Modibo Mao Makalou, depuis plus de 30 ans, le budget de l’Etat du malien est déficitaire et en 2021, le déficit était de 653 milliards. C’est-à-dire, les dépenses budgétaires 2 841 milliards 580millions tandis que les recettes budgétaires, 2 188 milliards 594millions. Une situation qui avait conduit l’Etat malien à emprunter près de 897,5milliards Fcfa sur le marché monétaire de l’UEMOA pour pouvoir combler le déficit. Dans la loi de finance 2022, les dépenses prévues par l’Etat sont estimées à 2 748milliards 285 millions et les recettes 2130 milliards 721 millions, soit un déficit de 618 milliards. Selon l’économiste Makalou, la douane et les impôts contribuent à près de 90% aux recettes soit 1799 milliards cette année alors que les sanctions ont suspendu beaucoup d’activités de la douane depuis quelques semaines.
Il est donc urgent de trouver vite une solution à ce problème sachant que les dépenses ordinaires de l’Etat malien, notamment sa masse salariale se chiffre à près de 841 milliards 464 millions en 2022, soit une moyenne mensuelle de 70 milliards. Ce chiffre est en hausse par rapport à l’année 2021 qui était de 758 milliards en 2021 soit 63 milliards mensuel.
Issa Djiguiba
