Ils sont étudiants, diplômés, entrepreneurs ou jeunes travailleurs. Beaucoup rêvent de franchir les frontières pour étudier, travailler et construire un avenir meilleur. Pour la jeunesse malienne, partir à l’étranger est devenu bien plus qu’un simple projet : c’est parfois l’espoir d’une vie meilleure. Mais lorsque le départ devient la seule perspective de réussite, c’est toute une société qui doit s’interroger.
Le Mali voit sa jeunesse regarder de plus en plus vers l’ailleurs. Dans les conversations, sur les réseaux sociaux ou dans les familles, les projets de départ occupent une place importante. Pour certains, l’étranger apparaît comme le lieu où les compétences sont mieux reconnues et où les possibilités sont plus nombreuses.
Il serait pourtant facile, et surtout injuste, de condamner cette ambition. Un jeune qui cherche une formation, un emploi ou de meilleures perspectives ne tourne pas nécessairement le dos à son pays. Il cherche simplement à avancer.
Mais une question demeure : pourquoi faut-il si souvent partir pour avoir le sentiment de pouvoir réussir ?
Le problème n’est pas le départ en lui-même. Le problème est qu’il puisse devenir une obligation dans l’esprit de toute une génération. Lorsqu’un diplômé ne trouve pas d’emploi, lorsqu’un entrepreneur ne trouve pas les moyens de développer son projet ou lorsqu’un étudiant ne voit aucune perspective après ses études, l’étranger devient naturellement une alternative.
Cette situation représente aussi un défi pour le Mali. Le pays a besoin de ses jeunes compétences pour construire son avenir. Chaque jeune qui possède une idée, une formation ou un savoir-faire constitue une ressource pour la nation. Si tous ceux qui veulent réussir doivent nécessairement partir, le risque est de voir s’éloigner une partie de cette énergie dont le pays a besoin.
Les réseaux sociaux compliquent encore la situation. Ils montrent souvent les réussites à l’étranger, les belles voitures, les emplois et les nouvelles opportunités, mais beaucoup moins les difficultés, les sacrifices et les désillusions qui peuvent accompagner l’expatriation. À force de voir la réussite ailleurs, certains finissent par croire qu’elle est impossible ici.
Il faut donc changer de perspective. Le Mali ne doit pas empêcher ses jeunes de partir ; il doit leur donner des raisons de rester. Cela suppose davantage d’opportunités professionnelles, une meilleure valorisation des compétences, un accompagnement réel des initiatives des jeunes et un environnement où entreprendre et travailler permettent de construire dignement son avenir.
Partir peut-être une chance. Revenir peut-être une force. Mais rester doit également pouvoir être un choix.
La jeunesse malienne ne demande pas forcément que toutes les portes du monde lui soient ouvertes. Elle demande surtout que les portes de son propre pays ne soient pas fermées.
Un pays qui donne de l’espoir à sa jeunesse n’a pas besoin de lui demander de rester : elle choisit naturellement de construire son avenir chez elle.
Sira Kamissoko
