Le Mali et ses partenaires veulent changer de méthode dans la gestion de la migration. Réunis à Bamako autour du gouvernement, de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), des Nations unies et de plusieurs partenaires diplomatiques, les acteurs du secteur ont plaidé pour une approche davantage centrée sur la création d’opportunités pour les jeunes afin de freiner les départs irréguliers et leurs conséquences humaines dramatiques.
S’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière. C’est le principal message issu du lancement officiel du cadre de concertation entre le ministère des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine et les acteurs engagés dans la gestion des questions migratoires au Mali.
La rencontre, tenue le 21 mai 2026 à Bamako sous la présidence du ministre Mossa Ag Attaher, a réuni les institutions nationales, les agences du système des Nations unies, les partenaires techniques et financiers, les représentations diplomatiques, les organisations de migrants, la société civile ainsi que des acteurs du monde académique.
Le ministre Mossa Ag Attaher avait à ses côtés au présidium le chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations au Mali, le Dr Boubacar Seybou et la coordonnatrice résidente du système des Nations unies au Mali, Hanaa Singer.
Au-delà des questions liées au retour volontaire, à la réintégration et à la protection des migrants, les échanges ont surtout porté sur la nécessité de bâtir une gouvernance migratoire plus coordonnée, plus inclusive et davantage orientée vers des solutions durables.
Dans cette dynamique, le ministère des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations, a engagé un processus de dialogue institutionnel ayant abouti à l’élaboration d’une feuille de route migration 2026. Celle-ci doit permettre de mieux articuler les interventions autour de plusieurs priorités : gouvernance migratoire, données migratoires, protection des migrants, réintégration, mobilisation de la diaspora et développement local.
Mais au cours des échanges, un autre constat s’est imposé : « les politiques exclusivement centrées sur le contrôle des flux migratoires ne suffisent plus ». Plusieurs partenaires diplomatiques ont ainsi appelé à une approche plus préventive, axée sur les réalités socioéconomiques qui poussent de nombreux jeunes à tenter l’aventure migratoire.
Les représentants de l’Espagne et de l’Italie deux pays qui accueillent plus de migrants ont également soutenu cette vision. Selon eux, la migration ne peut être réduite à une simple problématique sécuritaire. Ils ont rappelé que les jeunes qui empruntent les routes irrégulières le font souvent sous la pression du chômage, du manque de perspectives et des difficultés sociales.
Pour ces partenaires, lutter efficacement contre la migration irrégulière suppose avant tout de “couper le mal à la racine”, en créant, notamment, des opportunités économiques, des emplois et des perspectives de formation susceptibles de convaincre les jeunes de construire leur avenir au Mali plutôt que de risquer leur vie sur les routes de l’exil.
Si le phénomène demeure un défi humain et social majeur, plusieurs intervenants ont insisté sur le fait qu’il peut aussi représenter une opportunité de développement et du pays de départ et du pays d’accueil, lorsqu’il est mieux organisé, mieux accompagné et intégré dans les politiques publiques.
Une vision qui rejoint les orientations défendues par les autorités maliennes, qui plaident pour une gestion concertée de la migration fondée sur la coordination des initiatives, le partage d’informations et l’alignement des actions sur les priorités nationales.
Issa Djiguiba
