Le Mali est confronté à une pénurie de carburant d’une ampleur inédite, qui perturbe profondément la vie quotidienne des citoyens et ralentit plusieurs secteurs vitaux de l’économie. Dans ce contexte de tension énergétique, les autorités maliennes ont accéléré leur coopération stratégique avec la Fédération de Russie, dans l’objectif de sécuriser les approvisionnements en produits pétroliers et de relancer des projets miniers structurants.
Le vendredi 24 octobre 2025, le Président de la Transition, Son Excellence le Général d’Armée Assimi GOÏTA, a reçu au Palais de Koulouba une délégation russe de haut niveau, conduite par le Ministre de l’Économie et des Finances, M. Alousséni SANOU, et le Ministre des Mines, M. Amadou KEÏTA. Parmi les membres figuraient Dr Alexey KOYLIKOV, Directeur des relations internationales à la Direction Panafricaine de la Russie, et M. SIMYON, membre du Conseil d’administration de la société SORMA.
Cette audience intervient dans un contexte marqué par une crise énergétique majeure. Depuis plusieurs semaines, les embuscades terroristes sur les principaux axes routiers ont entravé l’acheminement des produits pétroliers vers la capitale et les grandes villes. Les conséquences sont visibles : files interminables devant les stations-service, ralentissement des transports publics, suspension des cours dans les établissements scolaires et universitaires, et perturbation des activités dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, du commerce et de l’administration.
Face à cette situation, le gouvernement malien a mis en œuvre une série de mesures d’urgence pour atténuer les effets de la pénurie. Il s’agit notamment de la réorganisation des stations-service pour une meilleure gestion des flux, de la priorisation de l’accès au carburant pour les véhicules de secours et de transport public, ainsi que du renforcement du réseau de bus urbains sur les principaux axes. Par ailleurs, les cours ont été suspendus du 27 octobre au 9 novembre afin de limiter les déplacements et préserver les ressources disponibles.
Dans ce contexte tendu, le partenariat Mali-Russie prend une dimension stratégique. Dr KOYLIKOV a annoncé des discussions avancées avec le ministère malien de l’Économie et des Finances pour la livraison mensuelle de 160 000 à 200 000 tonnes de produits pétroliers, destinés à soutenir l’économie malienne. Il a également souligné la profondeur des liens entre Moscou et Bamako, affirmant que « le Mali est un pays ami, un allié stratégique de la Russie », et que cette coopération s’inscrit dans l’héritage des relations historiques entre l’Afrique et l’ex-Union soviétique.
Sur le plan minier, M. SIMYON a présenté les avancées du projet de raffinerie d’or porté par la Société de Recherche et d’Exploitation des Ressources Minérales du Mali (Sorem-Mali SA). Deux réunions de travail ont eu lieu avec les nouveaux membres du conseil d’administration désignés par l’État malien, et un premier conseil officiel est prévu en novembre en présence de la délégation russe au complet. Ce projet, jugé structurant, vise à renforcer la chaîne de valeur locale dans le secteur aurifère et à accroître les capacités de transformation du pays.
Ce renforcement du partenariat illustre la volonté du Mali de diversifier ses alliances, de consolider sa souveraineté économique et de bâtir une résilience durable face aux crises. Dans un monde en recomposition géopolitique, Bamako s’appuie sur des partenaires « mutuellement bénéfiques » pour surmonter ses défis structurels et tracer une voie vers l’autonomie énergétique et minière.
Ibrahim Kalifa Djitteye
