Dans une de ses nombreuses réflexions, le président de l’Association Kewaléton (AKT), Boubacar Siddick Diallo dénonce ce qu’il qualifie de misérabilisme des Maliens, cette tendance à insister sur les aspects les plus misérables et pitoyables de la vie sociale.
A l’entame de sa réflexion, il s’interroge si le misérabilisme vous dit quelque chose, cette tendance à insister sur les aspects les plus misérables et pitoyables de la vie sociale. « Nous avons choisi de vous entretenir de ce sujet tant le concept est particulièrement prisé au Mali. Pas un jour ne passe sans que nous entendions un tel ou un autre s’épancher sur la misère du pays : …oh ! Vous savez on est un pays pauvre…; notre pays est sous-développé… ; nous n’avons pas les moyens de…; nous avons besoin de l’aide de… ; nous n’avons pas la possibilité de nous en sortir etc. C’est répété, récité comme un mantra », a-t-il déploré.
Selon lui, le plus choquant dans tout cela c’est de voir les intellectuels et surtout les plus hautes autorités s’adonner à cet exercice sans se rendre compte de l’effet psychologique négatif, dramatique et destructeur qu’il recèle. « Nous répétons souvent que les mots ont un sens, une portée et un impact. À force d’entendre tous les jours que nous ne valons rien, nous finirons par l’intégrer, par le croire et, par se comporter comme tel. Le laisser-aller et le manque de ressort en sont des manifestations dans lesquelles, nous trouvons l’explication de beaucoup d’attitudes révoltantes auxquelles nous assistons au quotidien dans notre pays. Nous nous accommodons aisément de l’insalubrité, de l’anarchie, de l’indiscipline, de l’inculture et de l’ignorance. Ne sommes-nous pas pauvres et misérables », a laissé entendre le président de l’AKT.
A ses dires, nous développons dès le plus jeune âge des réflexes de mendiant et d’assistés. « Quoi de plus normal qu’après nous trimballions notre sébile pour quémander auprès de la Communauté internationale et autres Institutions. Que voulez-vous, nous sommes pauvres et misérables », s’est-il interrogé.
Et quand ces aides arrivent, précise-t-il, ce sont des milliards et des milliards qui sont détournés et injectés dans d’autres économies au seul bénéfice des responsables, c’est l’apanage des pauvres et des misérables.
A le croire, la dignité, l’intégrité, l’honnêteté et le respect d’autrui surtout le bien commun sont foulés au pied. Et d’ajouter que c’est normal vu notre pauvreté et notre misère ! « Travailler dur et prendre de la peine, jalouser et chercher à rattraper ceux qui ont pris une longueur d’avance sur nous ! A quoi bon ? De toute façon nous sommes pauvres et misérables ! », a-t-il renchéri.
Pour le président de l’AKT, il est indéniable que ces incantations incessantes créent un sentiment de fatalité, de malédiction et laissent de profonds stigmates. Et de poursuivre que le Mali et les Maliens ne sont ni pauvres ni misérables. Bien au contraire, nous sommes bénis et dotés de tout ce qu’il faut pour rayonner. Car, nous sommes assis sur de l’or à foison, nous avons de l’eau et des terres à même de nourrir et vêtir toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà. Rien que cela devrait nous interdire de cultiver ce misérabilisme.
« Nous devons donc nous départir de cette mentalité de perdant, défaitiste, de cette noirceur psychologique si inhibante et si destructrice. Il nous faut changer de paradigme », déclare-t-il.
Selon lui, il faut délivrer un autre discours plus positif à nos populations, orienté sur notre potentiel et nos possibilités et surtout, sur le travail à accomplir pour en tirer tous les bénéfices.
« À ceux qui nous traitent de pauvre, nous diront que nous avons des difficultés, mais que nous travaillons à les surmonter. Et à tous les autres, que nous sommes un grand peuple pétri de valeurs, de traditions et de connaissances que nous travaillons à restaurer. Nous gageons que de tels messages subliminaux contribueront à forger ce nouveau Malien indispensable à nos efforts de construction et de développement. Soyons positifs optimistes tout en gardant constamment en tête que seul le travail paye », a-t-il conclu.
Mama PAGA
