Alors que 82 militaires maliens, détenus depuis les attaques du 25 avril, retrouvaient leur liberté des mains de la coalition JNIM/FLA, Bamako annonçait la grâce présidentielle accordée par le Général d’Armée Assimi Goïta au Français Yann Christian Bernard Vézilier, condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté de l’État. Bien qu’aucun lien officiel ne soit établi entre les deux événements, leur coïncidence relance cependant les débats sur les accusations régulièrement formulées par Bamako contre la France.
Le jeudi 13 août, l’État-major général des Armées annonçait la libération de 82 militaires retenus par les groupes armés depuis les attaques coordonnées du 25 avril dans plusieurs localités. Récupérés et pris en charge par les services compétents, ces soldats étaient, selon l’État-major général des Armées, détenus par des groupes armés affiliés à la coalition JNIM/FLA.
Le même jour, par le décret n°0503/PT-RM du 13 août 2026, le Président de la Transition du Mali, le Général d’Armée Assimi Goïta, accordait sa grâce au ressortissant français Yann Christian Bernard Vézilier, condamné à vingt ans de réclusion criminelle. La mesure prévoit également son départ immédiat du territoire malien.
Il faut noter que l’affaire Vézilier empoisonne depuis un an les relations entre Bamako et Paris. Arrêté le 14 août 2025, Yann Christian Bernard Vézilier a été présenté par les autorités maliennes comme un officier travaillant pour les services de renseignement extérieur français, alors qu’il était officiellement accrédité auprès de l’Ambassade de France au Mali.
Bamako l’accusait notamment d’avoir participé à une entreprise de déstabilisation des institutions maliennes. C’est pourquoi la justice l’a condamné, le 5 juin 2026, à vingt ans de réclusion pour atteinte à la sûreté de l’État.
C’est précisément sous ce climat tendu qu’intervient la grâce accordée par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, à Yann Christian Bernard Vézilier, condamné à vingt ans de réclusion criminelle.
Le plus troublant n’est pas la grâce proprement dite, mais le fait que cette libération intervienne au même moment que la libération, par les groupes armés terroristes de la coalition JNIM/FLA, de 82 militaires maliens détenus depuis les attaques du 25 avril, après plusieurs mois de captivité.
Simple hasard de calendrier ou deux événements liés ?
Si aucune preuve publique ne permet d’établir un lien entre les deux dossiers, des interrogations critiques demeurent cependant sur leur coïncidence.
Pourquoi la grâce du Français et la libération de 82 militaires maliens détenus par la coalition JNIM/FLA interviennent-elles en même temps ?
Pour certains observateurs, l’absence de preuve d’un accord secret ne fait pas disparaître l’intérêt politique de cette concomitance. Dans de nombreuses gestions de crises internationales, les négociations officielles ne constituent pas toujours l’unique voie de dialogue. Des États tiers, des services diplomatiques, des intermédiaires régionaux ou des réseaux informels peuvent parfois contribuer à débloquer des situations que les canaux officiels ne parviennent généralement pas à résoudre.
Loin de remettre en cause ce principe quasiment d’ordre international, l’hypothèse d’un tel scénario renforcerait cependant les accusations maliennes sur l’existence de liens entre la France et les groupes armés terroristes opérant dans le Nord du pays.
Il faut noter que Paris a toujours rejeté ces accusations et celles contre son ressortissant et contesté le bien-fondé de la procédure. D’ailleurs, les relations déjà fragiles entre les deux pays se sont progressivement dégradées, et Bamako accuse ouvertement la France d’ingérence, d’activités de renseignement hostiles et de volonté de déstabilisation du Mali à travers des contacts et soutiens présumés à des groupes armés opérant dans le Nord du pays.
Après avoir laissé la justice suivre son cours, le Mali choisit de clore cette page de façon diplomatique, grâce présidentielle à Yann Christian Bernard Vézilier, tout en consolidant sa position avec des éléments irréfutables sur les liens entre la France et les groupes armés terroristes qu’il a toujours dénoncés.
Issa Djiguiba
