La Confédération des États du Sahel (AES) a opposé une fin de non-recevoir catégorique, jeudi, aux conclusions du rapport annuel du Secrétaire général de l’ONU sur les enfants et les conflits armés. Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur du Burkina Faso, Saïdou Zongo, a exprimé les « plus sérieuses réserves » de l’alliance composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, rejetant une terminologie jugée inadaptée et un processus d’élaboration non inclusif. Mais dans un geste qui en dit long sur sa volonté de ne pas rompre le dialogue, la Confédération a aussitôt réaffirmé sa disponibilité à coopérer avec les Nations Unies… à condition que les règles du jeu changent.
Le cœur du litige réside dans le cadre conceptuel du rapport. L’AES conteste fermement l’inclusion de ses États membres dans un document consacré aux « conflits armés », estimant que les violences auxquelles ils font face relèvent de la lutte antiterroriste et non d’une guerre entre parties belligérantes. L’ambassadeur Zongo a souligné que des termes comme « groupes armés », « parties au conflit » ou « forces progouvernementales » ne reflètent pas les réalités complexes du terrain, où les armées nationales combattent des organisations terroristes clairement identifiées.
Le point le plus sensible tient à la qualification de certaines entités. L’AES dénonce le fait que des organisations explicitement désignées comme terroristes par des résolutions du Conseil de sécurité, notamment, le JNIM et l’État islamique au Grand Sahara soient présentées dans le rapport comme de simples « parties au conflit ». Cette asymétrie sémantique est perçue par la Confédération comme une forme de reconnaissance implicite, une position jugée inacceptable. La délégation a donc exigé un alignement strict de la terminologie du rapport sur les décisions et instruments officiels des Nations Unies.
Au-delà du fond, c’est la méthode qui est aussi mise en cause. La Confédération a déploré que les observations transmises par ses États membres dans le cadre de leur coopération avec l’ONU aient été ignorées. Plus grave encore, l’AES a signalé que des extraits du rapport concernant ses pays avaient été divulgués dans des médias jugés hostiles avant toute communication officielle aux gouvernements concernés, une pratique qu’elle juge contraire à l’esprit de partenariat.
Cette défiance intervient dans un contexte humanitaire critique pour le Sahel central. En juin 2026, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, avait qualifié la région de « dangereux point de basculement ». L’UNICEF estimait pour sa part que 7,5 millions d’enfants nécessitent une aide urgente dans la région. Le rapport de l’ONU dresse un bilan alarmant : Au Burkina Faso, plus de 2 400 violations graves ont été constatées entre 2022 et 2024, avec des enfants victimes de meurtres, d’enlèvements et de recrutements forcés. Malgré ce constat partagé sur l’urgence humanitaire, l’AES estime que la réponse onusienne manque de nuances et pénalise injustement ses efforts de stabilisation.
Un « non » ferme, mais une main tendue
Au terme de sa déclaration, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont indiqué ne pas pouvoir souscrire aux conclusions les concernant. Mais là où beaucoup auraient pu annoncer une rupture, la Confédération a choisi la voie de la conditionnalité constructive. Elle réaffirme sa disponibilité à coopérer avec les Nations Unies, à la condition que cette coopération repose sur un principe d’inclusivité stricte, notamment : association des trois États à toutes les étapes du processus, de la collecte des données à leur validation, et communication préalable du contenu avant publication.
L’AES souhaite que le rapport devienne un « outil de dialogue et de renforcement des capacités » plutôt qu’un instrument de stigmatisation. Ce « non, mais… » est donc moins une fin de non-recevoir qu’une main tendue, quoique ferme, à l’institution onusienne. Le rapport, présenté en application de la résolution 1612 (2005), liste les parties accusées de violations graves, pouvant déboucher sur des mesures ciblées du Conseil de sécurité. La prochaine séance du groupe de travail dédié, qui examinera plus en détail les situations de pays, est attendue dans les prochaines semaines.
Issa Djiguiba
