Bamako — Réuni en séance plénière au Centre International de Conférences de Bamako (CICB) le jeudi 21 mai 2026, sous la présidence de l’Honorable Malick Diaw, le Conseil National de Transition (CNT) a donné son quitus à onze projets de loi majeurs. Ces textes consolident les réformes structurelles du Mali dans des secteurs vitaux : administration, souveraineté énergétique et minière, ainsi que la sécurité nationale.
Modernisation de l’administration et avancées sociales
Le vote marquant de cette session a été l’adoption de l’ordonnance portant Statut général des fonctionnaires, plébiscitée avec 124 voix pour, sans aucune opposition ni abstention. Le ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Fassoun Coulibaly, a défendu un outil managérial novateur comportant 24 innovations majeures.
Parmi les mesures les plus attendues figurent :
● L’instauration d’une indemnité de départ à la retraite, une revendication pendante depuis 1961.
● La création d’un congé de paternité de sept jours.
● L’introduction de la Gestion Axée sur les Résultats (GAR) pour l’évaluation des performances.
Le président de la Commission des Lois, l’Honorable Souleymane Dé, a salué la parfaite régularité du processus parlementaire ayant conduit à cette ratification.
Indépendance énergétique : le cap du renouvelable
Le volet développement a été marqué par l’approbation d’un accord de financement avec la Banque Islamique de Développement (BID) pour le projet stratégique de la Boucle Nord 225 Kv autour de Bamako. Défendu par le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Tiémoko Traoré, ce chantier, déjà exécuté à 73 %, vise à sécuriser l’approvisionnement de la capitale qui absorbe 70 % de la consommation nationale.
Connectée aux nouvelles infrastructures solaires et hydroélectriques (Safo, Sanankoroba, Kénié), cette ligne à haute tension réduira drastiquement la dépendance du pays aux énergies thermiques. Elle garantira l’accès à l’électricité pour plus de 310 000 ménages tout en offrant une impulsion indispensable au tissu industriel local.
Souveraineté économique et contrôle des ressources minières
Dans une dynamique de réappropriation des richesses nationales, le CNT a ratifié la création de la Société de Patrimoine minier du Mali (SOPAMIM SA). Selon le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, cette nouvelle structure aura pour mission de garantir la transparence et d’optimiser la gestion des participations de l’État, qui pourront désormais atteindre 35 % dans les nouvelles sociétés minières.
L’État s’affirme également sur le plan sécuritaire et industriel en prenant une participation majoritaire de 51 % au capital de FARATCHI CO-S.A., en partenariat avec des investisseurs chinois. Cette usine de production locale d’explosifs civils affiche une rentabilité prévisionnelle de plus de 30 % et répond à un impératif de souveraineté : assurer le contrôle strict et la traçabilité de ces matières sensibles.
Par ailleurs, la loi de Règlement du Budget 2023 a été votée à l’unanimité. Le ministre de l’Économie a souligné la résilience macroéconomique du pays, avec une croissance de 4,3 % en 2023 (projetée à 6,5 % pour 2025) et une inflation maintenue sous les normes communautaires, et ce, malgré un contexte international difficile.
Gouvernance locale et sécurité sanitaire
Sur le plan rural, une législation obsolète vieille de 25 ans a été remplacée. Le ministre Youba Ba a fait adopter une nouvelle loi sur la police sanitaire des animaux terrestres, harmonisant les contrôles vétérinaires avec le Code pénal pour mieux protéger le cheptel et prévenir les zoonoses.
Du côté de l’administration territoriale, le Général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly s’est présenté pour la première fois devant le CNT pour défendre la restructuration de l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT). Profondément réformée, l’ANICT absorbe désormais les Agences de développement régionales (ADR). Plus stratégique encore, elle est désormais chargée de contrôler les flux financiers et les activités de près de 100 000 ONG et associations opérant au Mali, une mesure indispensable pour la transparence et la sécurité.
Parachèvement de la militarisation des forces de sécurité
La session s’est achevée par la consolidation de l’appareil sécuritaire. La ratification des ordonnances créant les Directions générales de la Police nationale et de la Protection civile vient renforcer l’architecture opérationnelle de ces corps, comme l’a expliqué le Général de Division Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile.
L’Honorable Minkoro Kane, président de la Commission de la Défense, a salué l’aboutissement de ce processus de militarisation initié en 2022, profitant de la tribune pour rendre un vibrant hommage à l’engagement des forces de défense et de sécurité sur le terrain.
À travers ce véritable marathon législatif, le Conseil national de Transition et le Gouvernement réaffirment leur convergence de vues : doter le Mali d’un cadre juridique souverain, résilient et résolument tourné vers l’avenir.
Sadia Camara
Radio Foundara, Kadiolo
