Pour aider les pays membres de la Confédération des Etats du Sahel à se tenir debout face à l’expansion du terrorisme et de l’insécurité dans le sahel, les autorités de la République du Togo ont procédé, le samedi 18 avril à Lomé, au lancement de la Nouvelle Stratégie pour le Sahel. Cette initiative fait suite à la première Stratégie qui a été lancée en septembre 2021. Présent parmi ses homologues du Niger, du Burkina Faso, du Togo, le chef de la diplomatie malienne, en l’occurrence Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale n’a pas manqué de mots pour, encore une fois, cracher ses quatre vérités.
De par sa voix, le Mali s’est réjoui de participer à ladite cérémonie, consacrée au lancement de la Stratégie Togo Sahel, illustrant, une nouvelle fois, la volonté du Togo d’adapter son engagement aux nouvelles réalités géopolitiques et sécuritaires en vue de renforcer la stabilité régionale et la coopération entre les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée ce, dans un environnement géopolitique et un monde en pleine mutation. « Nous saluons cette initiative renouvelée du Gouvernement togolais de poursuivre son action en faveur de la paix et de la sécurité sous-régionales. Dans la démarche, il est heureux que les Autorités togolaises aient fait le choix de l’inclusivité, en associant les parties prenantes, particulièrement les Etats concernés à titre principal, non seulement à la présente cérémonie de lancement de la Stratégie Togo-Sahel, mais aussi à sa mise en œuvre. Comme le dit un adage : « on ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence », a expliqué Abdoulaye Diop, soulignant que les piliers sur lesquels repose cette Stratégie appellent une action concertée, cohérente et respectueuse de la souveraineté des Etats. Dans ce discours, il a fait part que la prise en compte des besoins des Etats et des Peuples du Sahel, celle des attentes légitimes des populations et des défis que rencontrent les pays du Sahel contribueront à la résolution des crises auxquelles la région fait face. Dans sa substance, dit-il, la Stratégie Togo-Sahel s’inscrit en cohérence avec la vision des Plus Hautes Autorités de l’AES, celle de parvenir au retour de la paix et de la stabilité dans les Etats et dans la région du Sahel. Cela, dans un esprit de pragmatisme, de réalisme et de sagesse.
Une crise imposée aux pays du Sahel
A cette occasion, le ministre Diop a tenu à rappeler que le premier mérite de cette Stratégie est qu’elle émane d’un pays qui n’a eu de cesse de prôner et de pratiquer le dialogue avec les pays du Sahel, soulignant que leur situation de transition politique ne saurait être le prétexte à leur relégation au second plan. Aux participants, M. Diop dira que ces pays du Sahel vivent au quotidien et au prix de la quiétude. Et de préciser que cette crise a été simplement imposée aux paisibles populations. « Oui, cette crise n’est pas née au Sahel, elle est la conséquence d’une succession d’évènements, certes internes pour certains, mais externes pour la plupart, à l’image de l’intervention malheureuse atlantique en Libye. Sans refaire l’historique de la crise sécuritaire au Sahel, il est nécessaire de parvenir à une compréhension commune de ce qu’est la menace terroriste, de comprendre ses causes profondes, d’identifier ensuite les éléments qui entretiennent le terrorisme au Sahel, afin de mieux le combattre, et enfin, d’appréhender la crise de manière holistique, pas uniquement dans sa dimension sécuritaire, mais en intégrant également les aspects humanitaires, sociaux, économiques, institutionnels, de gouvernance et géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques entre autres », a-t-il évoqué, poursuivant, « j’insiste sur le renforcement de l’intégration sous régionale car la Confédération AES vise à favoriser une meilleure intégration, un meilleur brassage des populations, déjà liées entre elles par des relations naturelles et historiques de fraternité, culturelles et des liens géographiques que nous ne pouvons pas nier ».
Tenir compte de la reconfiguration géopolitique de la région
Mettant l’occasion à profit, le ministre a souligné que la coopération et l’intégration régionales en Afrique de l’Ouest doivent désormais tenir compte de la reconfiguration géopolitique de la région, marquée par la coexistence de deux entités qui doivent travailler ensemble dans le but de préserver les intérêts des populations ouest africaines, voire de promouvoir leurs aspirations à la paix et au développement. Aussi, il a mis un accent sur quelques résultats tangibles enregistrés par la Confédération AES depuis sa création, le 06 juillet 2024 à Niamey. Cela, tant dans la lutte contre le terrorisme que dans le cadre de la coordination de l’action diplomatique et du développement harmonieux de l’espace, illustrant la pertinence des décisions prises par les Chefs d’Etat de l’AES. Pour le diplomate, l’AES a su, très rapidement, s’imposer comme une réalité géopolitique incontournable de la sous-région et qui, en peu de temps, a noué des relations solides avec de nombreux partenaires internationaux. La coopération en matière de sécurité au plan régional exige, selon lui, des préalables. Il s’agit notamment de créer la confiance ; la nécessité pour certains Etats de la région de cesser le soutien à des groupes terroristes ou l’utilisation de leur territoire pour déstabiliser les voisins ; de cesser d’accueillir des forces étrangères hostiles engagées dans des actions de déstabilisation ou de subversion des Etats voisins ; d’avoir la même définition du terrorisme. « La nature fluctuante de la lutte contre le terrorisme nous amène à constater que le terrorisme est désormais soutenu ou financé par certains Etats de la région ou des Etats extérieurs à notre région », a-t-il fait savoir, insistant sur la construction de la confiance entre les Etats. « Il nous faut travailler à établir de nouveaux mécanismes de coopération sécuritaire endogènes sous le leadership africain, financés par les Africains et contrôlés par des Africains. Je reconnais et salue la présence de nombreux partenaires bilatéraux comme multilatéraux, intéressés par la lutte contre le terrorisme au Sahel. La situation au Sahel a nécessité un réajustement des interventions internationales et régionales ».
Le sahel, victime de ses richesses
Parlant des nombreuses stratégies élaborées pour le Sahel, le ministre Diop a été précis : « nous veillons, d’une part, à l’implication nationale, essentielle au succès de toute initiative extérieure, et d’autre part, au respect de la souveraineté des Etats. Les interventions de nos partenaires doivent soutenir l’action gouvernementale des Etats du Sahel, plutôt que de tenter de se substituer à nos Etats. Cela est d’autant plus nécessaire que les stratégies portent, dans de nombreux cas, sur des domaines sensibles comme la gouvernance politique dans nos pays ». Ainsi, a-t-il ajouté, les interventions extérieures gagneraient à être davantage en cohérence avec la vision locale. Cela, dans le cadre d’une complémentarité institutionnelle, pragmatique et respectueuse. Les interventions extérieures doivent, a-t-il indiqué, tirer les leçons et tenir compte des limites, voire des échecs du passé. Elles doivent sortir des modèles qui imposent et perpétuent la dépendance. « Nous devons innover et tendre vers des modèles et approches endogènes, soutenables qui valorisent le « compter sur soi » et le développement d’une autonomie stratégique tout en restant ouvert à des partenariats externes s’inscrivant dans cette dynamique. Nous ne sommes pas dans une logique qui pousserait à ce que d’autres fassent les choses à notre place. Au contraire, nous comptons sur un soutien à ce que nous sommes déjà en train de faire, en nous fondant sur nos capacités. Il s’agit également pour nos partenaires internationaux de ne pas, systématiquement, présenter nos pays comme étant des problèmes. Le Sahel est victime de sa richesse, de ses potentialités, de son espace, de ses ressources en eaux souterraines et en minerais stratégiques », a-t-il déclaré.
Mamadou Diarra
