Le Mali déplore l’exécution sommaire de douze chauffeurs routiers et de deux apprentis adolescents par les combattants du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), survenue le 29 janvier dernier entre la région de Kayes et Diboli, une localité du pays. La triste scène s’est produite pendant que les victimes acheminaient les hydrocarbures vers le pays.
La mauvaise nouvelle a été dépeinte dans un rapport publié mardi 10 mars dernier par Human Rights Watch. Selon HRW, les assaillants ont ouvert le feu sur l’avant du convoi, déclenchant un échange de tirs. Les soldats en première ligne ont riposté, tandis que ceux à l’arrière avançaient en renfort. Ils ont ensuite concentré leurs tirs sur le milieu et l’arrière du convoi. « J’ai vu des djihadistes à moto, ils portaient des turbans et criaient « Allah Akbar » », a déclaré le chauffeur, âgé de 48 ans. « Ils ont commencé à tirer, les militaires ont riposté et c’est sous le feu croisé que j’ai sauté de mon camion et que j’ai pris la fuite. » Partant des mêmes précisions, la plupart des conducteurs en tête du convoi ont suivi les conseils des soldats de ne pas paniquer ni de s’arrêter, tandis que certains, plus loin derrière, ont abandonné leurs camions et ont pris la fuite ou fait demi-tour. Les combattants du JNIM ont capturé plusieurs de ces fuyards, en exécutant douze par la suite et en relâchant les autres. Le JNIM a abandonné les douze corps au bord de la route. « Personne n’a osé les récupérer par crainte d’une nouvelle attaque », a déclaré un chauffeur routier de 45 ans. « Le 11 février, des soldats ont récupéré les corps. Un homme a témoigné que les victimes, dont deux adolescents, avaient les yeux bandés, les mains liées dans le dos et la gorge tranchée. Le lendemain, l’armée a enterré les corps au cimetière de Kayes », mentionne-t-on dans ce document indiquant que le gouvernement n’a fourni aucune information aux familles des chauffeurs portés disparus depuis l’attaque.
Des chauffeurs maliens, sénégalais, ivoiriens portés disparus
Human Rights Watch explique avoir reçu une liste de six chauffeurs disparus, à savoir deux ressortissants sénégalais, âgés de 39 et 49 ans ; deux Maliens, âgés de 46 et 52 ans ; un Burkinabé, âgé de 35 ans, et un Ivoirien, âgé de 47 ans. Selon l’Organisation, les terroristes ne doivent en aucun cas s’attaquer aux civils. En vertu du droit coutumier de la guerre, les forces attaquantes doivent en toutes circonstances faire la distinction entre civils et combattants. Les attaques délibérées contre des civils et des biens civils sont interdites, a-t-elle écrit. La légalité de l’attaque contre le convoi de carburant dépendrait de la question de savoir si les assaillants ont pris toutes les mesures possibles pour vérifier que le carburant était destiné aux forces armées. Que l’attaque contre les camions soit légale ou non, les traitements cruels et l’exécution des chauffeurs routiers étaient manifestement illégaux, dira Human Rights Watch.
Des témoignages importants dans l’affaire
Trois chauffeurs routiers et d’autres témoins ont, selon HRW, déclaré que le convoi avait quitté Dakar, au Sénégal, le 27 janvier et franchi la frontière vers Diboli, le 28 janvier. Ils ont indiqué que des voyageurs et des chauffeurs de bus circulant sur la Route nationale 1 les avaient avertis de l’insécurité de la route, des combattants islamistes arrêtant les véhicules pour contrôler les papiers d’identité des passagers. Des chauffeurs ont également affirmé que des soldats de l’armée, basés à Kayes, s’étaient rendus à Diboli sans incident le 28 janvier pour escorter le convoi le lendemain par la même route.
Les chauffeurs routiers ont expliqué que, puisqu’il n’y avait pas de menace imminente et que prolonger leur séjour à Diboli augmenterait les risques, le convoi a poursuivi sa route comme prévu le 29 janvier. « En quittant Diboli, nous avions la peur au ventre », a confié un chauffeur de 48 ans. « Nous craignions que ce soit notre dernier voyage. » Ce convoi avait pour but d’approvisionner en carburant Kayes et d’autres localités de la région. Des témoins ont rapporté qu’il s’étendait sur environ 1,5 kilomètre sur la route nationale 1, escorté par sept véhicules militaires. « Il y avait six pickups militaires et un Land Cruiser [militaire] avec au moins quatre soldats à bord de chaque véhicule », a déclaré un chauffeur routier de 50 ans. « Quatre véhicules [militaires] couvraient le convoi, et trois autres circulaient entre l’extrémité et le milieu. »
Réactions des Émirats arabes unis
Dans une déclaration publiée par le ministère des Affaires étrangères, les Émirats arabes unis ont fermement condamné l’attaque terroriste ayant visé plusieurs chauffeurs routiers dans la région de Kayes, et qui a fait plusieurs morts. Aussi, le ministère a souligné que les Émirats arabes unis condamnent fermement ces actes criminels et réaffirment leur rejet inébranlable de toutes les formes de violence, d’extrémisme et de terrorisme visant à saper la sécurité et la stabilité. Le chef de la diplomatie a exprimé ses sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles et aux proches des victimes, ainsi qu’au gouvernement et au peuple ami de la République du Mali, suite à cette attaque odieuse. Il sied de rappeler que dans un communiqué publié le jour de l’attaque, le JNIM affirmait avoir ciblé des troupes maliennes entre Diboli et Kayes, sans fournir davantage d’informations.
Mamadou Diarra
