Alors que la place des femmes dans les médias maliens continue de susciter des interrogations, M. Modibo Fofana, président de l’Association des Professionnels de la Presse en Ligne au Mali (APPEL Mali), défend leur participation dans le secteur. Formation, accès aux responsabilités, traitement des sujets liés aux femmes : il livre son analyse et revient sur les initiatives de son association en faveur d’une plus grande visibilité féminine.
Entre formation, accès aux responsabilités et visibilité médiatique, la place des femmes dans le paysage médiatique malien reste au cœur des enjeux de professionnalisation du secteur. C’est ce que M. Modibo Fofana souligne dans son interview qu’il nous a accordée, tout en misant sur la formation professionnelle des femmes.
D’entrée de jeu, M. Modibo Fofana indique que la formation constitue l’un des piliers essentiels du développement du journalisme au Mali. À la tête de l’APPEL Mali depuis plusieurs années, il affirme que son association organise régulièrement des sessions de renforcement de capacités à l’intention des professionnels des médias. « La formation, c’est l’une des colonnes vertébrales de notre association », souligne-t-il.
Selon lui, l’APPEL Mali organise chaque année plusieurs formations portant notamment sur le fact-checking, le journalisme d’investigation et, plus récemment, l’intelligence artificielle. Des centaines de journalistes, d’activistes et de web-activistes ont ainsi bénéficié de ces initiatives, d’après lui. La participation des femmes occupe également une place importante dans ces programmes. Certaines d’entre elles, précise-t-il, sont aujourd’hui devenues formatrices à leur tour.
Modibo Fofana insiste également sur la nécessité d’améliorer la protection sociale des journalistes. Il considère cette responsabilité comme une préoccupation qui doit être partagée par l’ensemble des organisations faîtières de la presse. Au niveau de l’APPEL Mali, il dit avoir appelé les responsables des entreprises de presse en ligne à assurer « le minimum vital » à leurs employés.
Lui-même affirme avoir montré l’exemple en inscrivant quatre employés de son site ainsi que lui-même à l’INPS, avec notamment une couverture par l’AMO. Pour le président de l’APPEL Mali, un journaliste qui ne bénéficie pas d’une sécurité sociale suffisante peut être tenté de quitter son emploi pour créer son propre média, contribuant ainsi à la multiplication des organes de presse.
« Ce qu’on m’a fait, je vais faire ça à d’autres personnes », lance-t-il avec humour pour illustrer ce phénomène de reproduction dans le milieu professionnel. Il estime toutefois que la presse doit être considérée comme une véritable entreprise sociale, où certains jeunes arrivent sans expérience, sont formés puis recrutés.
La liberté de presse sans distinction
Sur la liberté de presse, M. Modibo Fofana estime qu’elle doit s’appliquer aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Il reconnaît cependant que les réalités sociales, traditionnelles et religieuses peuvent influencer la place accordée aux femmes dans la société. Il rappelle également que certains partenaires internationaux exigent une participation féminine aux activités et une attention particulière aux questions liées aux femmes.
S’agissant de la supposée marginalisation des femmes dans les rédactions, son analyse est plus critique. Pour lui, les femmes compétentes et qui « s’imposent par leur capacité intellectuelle » peuvent accéder aux postes de responsabilité. Il cite notamment des femmes qui l’ont lui-même formé au cours de sa carrière.
Il reconnaît néanmoins que les femmes sont encore davantage présentes dans certaines rubriques, notamment la santé, les faits divers ou la société, tandis que les hommes seraient plus nombreux dans les secteurs politique et d’investigation.
Enfin, M. Modibo Fofana rejette l’idée selon laquelle les questions concernant les femmes seraient délaissées par les médias. Il cite la rubrique « Femme » de son organisation, qui donne selon lui davantage de visibilité aux femmes. « Toutes les questions liées à la femme sont des questions qui sont bienvenues », affirme-t-il, tout en annonçant une collaboration avec l’Union européenne pour renforcer cette visibilité.
Pour le président de l’APPEL Mali, la professionnalisation, la formation et la protection sociale restent ainsi des leviers essentiels pour construire une presse malienne plus solide et plus performante.
Notons qu’au-delà des discours, le véritable défi reste désormais de transformer la présence des femmes dans les médias en une participation pleine et entière aux responsabilités et aux décisions.
Tioumbè Adeline Tolofoudié
