L’Union des Radios et Télévisions Libres du Mali (URTEL) a procédé, jeudi 27 août 2026, au lancement du projet BRAVE-BBC, intitulé « Renforcement des capacités des médias indépendants pour un journalisme inclusif, sécurisé et résilient ». D’une durée de 18 mois au Mali, le projet prévoit notamment des formations en gestion économique et marketing, en politique nationale du genre et en fact-checking, ainsi qu’une expérimentation dans le domaine de l’énergie solaire au profit de deux radios.
Dans un environnement marqué par les difficultés économiques des médias, la désinformation et les contraintes énergétiques, l’URTEL veut renforcer les capacités des radios afin de leur permettre de mieux assurer leur mission d’information et de service public.
À l’occasion du lancement, le président de l’URTEL, M. Mamoudou Bocoum, a rappelé que l’organisation compte aujourd’hui 451 radios membres, réparties sur l’ensemble du territoire national, avec 19 coordinations régionales.
Le projet BRAVE-BBC vise ainsi à apporter des réponses à plusieurs défis auxquels les médias sont confrontés. Premier axe annoncé : le renforcement des capacités de 20 responsables de radios en gestion économique et marketing. Il s’agit notamment de les aider à revoir leurs modèles économiques, à diversifier leurs sources de revenus et à identifier des activités connexes susceptibles de contribuer à l’autonomie financière des radios.
« Il faut vraiment revoir le modèle économique, il faut voir comment mobiliser les ressources », a expliqué Mamoudou Bocoum. Pour lui, le renforcement des compétences des responsables doit permettre aux radios de mieux mobiliser des fonds et de poursuivre leur rôle de service public dans un contexte où les soutiens financiers restent limités.
Une meilleure place pour les femmes dans les médias
Le deuxième axe porte sur la Politique nationale du genre. Les responsables de radios concernés seront formés afin de favoriser une meilleure prise en compte de la question du genre dans le fonctionnement des médias.
L’URTEL souhaite notamment renforcer la présence des femmes dans les différents métiers des médias : reportage, technique, production et fonctions de responsabilité.
Le président de l’organisation a insisté sur la nécessité de faire évoluer les mentalités concernant la place des femmes dans les médias. Selon lui, leur rôle ne doit pas se limiter aux émissions consacrées aux questions féminines. Les femmes doivent également pouvoir accéder aux postes de décision et exercer sur le terrain, y compris dans des zones difficiles.
« Il faut qu’on change les mentalités pour vraiment permettre à cette couche d’avoir accès à ces postes et d’intervenir beaucoup dans nos médias », a-t-il plaidé.
Le fact-checking pour lutter contre la désinformation
Le troisième volet concerne directement les journalistes et animateurs des radios de Mopti, Ségou et du district de Bamako.
Une première session prévoit la formation de 20 journalistes radio à Mopti sur le fact-checking, avant une réplication de cette formation à Ségou et à Bamako.
Pour l’URTEL, le développement de ces compétences est essentiel dans un contexte où les fausses informations circulent rapidement. L’objectif est de permettre aux professionnels des médias de mieux vérifier les contenus avant leur diffusion et de contribuer à une information plus fiable.
Deux radios ciblées pour l’énergie solaire
La question énergétique constitue également un enjeu majeur du projet. Les difficultés d’accès à l’électricité affectent particulièrement le fonctionnement de certaines radios à l’intérieur du pays.
« Aujourd’hui, on est en crise énergétique, beaucoup de radios sont sous silence par faute d’électricité », a souligné Mamoudou Bocoum.
Pour apporter une première réponse, l’URTEL prévoit de lancer un appel à candidature pour sélectionner deux radios de l’intérieur du pays, qui seront dotées d’équipements solaires.
Cette expérimentation devrait, selon le président de l’URTEL, servir de point de départ à d’autres initiatives et permettre à davantage de radios de renforcer leur autonomie énergétique.
Un programme régional financé par l’Union européenne
La représentante de la Fondation Hirondelle a rappelé que le projet BRAVE-BBC s’inscrit dans une initiative plus large financée par l’Union européenne. BBC Media et cinq autres fondations, dont la Fondation Hirondelle, ont uni leurs efforts pour accompagner les médias indépendants vers un journalisme plus inclusif et professionnel.
Le programme, prévu sur trois ans, de 2025 à 2027, est mis en œuvre dans trois pays : le Mali, le Bénin et le Cameroun.
Au Mali, quatre bénéficiaires sont concernés : Radio Jamana de Tombouctou, Radio Chaîne de Yorosso, la Maison de la Presse et l’URTEL.
Chaque partenaire malien dispose d’une période de 18 mois pour mettre en œuvre son projet. Une approche qui laisse à chaque structure la possibilité de proposer des activités adaptées à ses besoins, avant leur validation et leur accompagnement financier.
Notons que pour cette première partie de la formation, la presse écrite ne fera pas partie, mais, selon le président de l’URTEL, sa structure mettra tout en œuvre pour que la presse écrite puisse bénéficier de la formation sur le fact-checking.
Tioumbè Adeline Tolofoudié
