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Rapport trimestriel sur la situation au Mali : Bamako note un manque de cohérence des positions du Secrétaire général des Nations Unies

A chaque trimestre et conformément aux dispositions de la résolution 2640 (2022) portant mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA), le Secrétaire général des Nations unies a rendu public son rapport sur la situation au Mali couvrant la période de janvier à mars 2023. Traitant diverses questions, telles que la situation sociopolitique du pays, la mise en œuvre de l’Accord, la situation sécuritaire, les défis opérationnels de la MINUSMA et la situation des droits de l’homme et humanitaire, ce dernier point ne fait pas consensus entre la mission des nations unies et le gouvernement de la transition du Mali, comme dans les précédents rapports. Le gouvernement de la transition, en plus de souligner l’absence d’éléments d’appréciation substantiels indispensables à la crédibilité de ce document, dénonce également un manque de cohérence avec la réalité. Le rapport tire ses statistiques « d’opérations militaires conduites par les FAMA avec l’appui du personnel de sécurité étranger et des chasseurs traditionnels « Dozo » » alors que les FAMa « opèrent de manière autonome et ne conduisent d’opération conjointe ni avec une compagnie de sécurité privée ni avec des forces non étatiques » selon le gouvernement.

Dans ce rapport, le Secrétaire général des Nations Unies donne sa perception sur la situation générale au Mali, notamment, la situation sociopolitique du pays, la mise en œuvre de l’Accord, la situation sécuritaire, la situation des droits de l’homme et humanitaire et les défis opérationnels de la MINUSMA de janvier à mars 2023. Sur les nombreux sujets évoqués dans le rapport, la question des droits de l’homme reste une thématique sur laquelle le gouvernement de la transition du Mali et l’organisation des Nations unies ne s’entendent toujours pas. Bamako refuse d’être pointé du doigt du seul fait de son choix de partenariat pourtant souverain. Dans le rapport, le secrétaire général des Nations unies, tout en précisant que les groupes extrémistes violents et terroristes sont les principaux auteurs de violence contre les civils, allègue que la MINUSMA a documenté et vérifié, de janvier à mars 2023, 224 cas de violations des droits de l’homme comprenant des meurtres (82 hommes, 5 femmes, 8 enfants), des blessés (38 hommes, 19 femmes et 30 enfants), des enlèvements ou disparitions (42 tous des hommes).

Au paragraphe 50 du rapport, concernant cette fois-ci, les Forces de Défense et de Sécurité maliennes (FDSM), le Secrétaire général indique que des violations des droits humains à ce niveau ont été documentées sur des opérations militaires conduites par les FAMa, y compris avec l’appui du personnel de sécurité étranger et des chasseurs traditionnels « Dozo ». Faisant, sans doute, allusion aux supplétifs Russes, le gouvernement de la transition a tenu à apporter deux précisions. « Il convient de rappeler que la République du Mali a des relations anciennes d’amitié et de coopération d’Etat à Etat avec la Fédération de Russie. Il y a lieu également de noter que les forces de défense et de sécurité maliennes opèrent de manière autonome et ne conduisent d’opération conjointe ni avec une compagnie de sécurité privée ni avec des forces non étatiques » a-t-il rétorqué.

D’ailleurs déplore-t-il que cette question ait été maintes fois discutée, notamment entre le Secrétaire général des Nation Unies et les plus hautes autorités de la transition du Mali lors desquels le fonctionnaire international avait bien défini sa position sur la question. « Cette allégation sans fondement est totalement contraire à la position que le Secrétaire général a exprimée à l’occasion de son entretien avec le Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali en janvier 2023 à New York et réitérée lors de sa rencontre avec le Premier ministre du Mali, en mars 2023 à Doha (Qatar). En effet, au cours de ces rencontres, le Secrétaire général a clairement souligné que les relations entre le Mali et ses partenaires ne concernent pas l’Organisation des Nations Unies, car relevant du choix souverain de partenariat de chaque Etat membre » rappelle le gouvernement malien avant de déplorer que ce « manque de cohérence de cette allégation avec la position du Secrétaire général amène à s’interroger si le rapport provient véritablement de ce dernier ».

Qu’à cela ne tienne, il a réaffirmé l’engagement des forces armées maliennes dans le respect des droits de l’homme. A ses dires, les forces armées maliennes sont suffisamment outillées en matière de Droits de l’Homme et des Droit international humanitaire. « Ces notions sont enseignées aux recrues depuis la Formation Commune de Base et approfondies lors de toutes les sessions de formations et exercices de pré-déploiement sur les théâtres d’opérations. Dans la dynamique de faire observer ces principes sur le théâtre des opérations, un détachement prévôtal est systématiquement désigné auprès de chaque groupement tactique, sous le contrôle d’un magistrat militaire (ou Conseiller juridique) désigné à cet effet » a-t-il bien précisé pour écarter l’hypothèse que l’armée malienne ne saurait commettre des exactions contre sa propre population.

Il faut reconnaître que sur d’autres questions, notamment, les réformes politiques et institutionnelles, le secrétaire général des Nations unies a salué des progrès de la mise en œuvre, y compris au niveau du chronogramme de la transition. Pour le gouvernement ces progrès ont été obtenus à travers l’engagement de la transition à « parvenir à un plus large consensus possible autour des questions clés de la transition ». Une occasion alors mise à profit pour édifier sur le report annoncé du référendum constitutionnel, initialement prévu le 19 mars 2023, qui, selon lui, participe aussi de la volonté du Gouvernement de prendre les mesures nécessaires en vue d’une bonne organisation dudit référendum à travers la pleine opérationnalisation de l’Autorité Indépendante de Gestion des Elections (AIGE), y compris la mise en place de ses sections régionales et la vulgarisation du projet de Constitution.

Sur la question de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger qui constitue un autre point seyant des préoccupations de la communauté internationale, le gouvernement a souligné que tout comme le Secrétaire général, le Mali déplore la suspension de la participation des mouvements signataires aux mécanismes de suivi de l’Accord et, à cet égard, a pris des mesures résolues pour avancer dans la mise en œuvre de l’Accord. Il faut rappeler sur ce point que le Gouvernement a adopté, le 29 mars 2023, deux projets de décret pour un meilleur fonctionnement des structures essentielles au mécanisme de suivi de l’Accord, à savoir la Commission nationale de Désarmement-Démobilisation-Réinsertion et la Commission nationale d’Intégration.

Tout en rappelant que l’engagement du Gouvernement pour la mise en œuvre de l’Accord est visible par la poursuite des travaux entre la Commission nationale DDR et la MINUSMA qui a permis l’identification et le cantonnement de 900 femmes associées aux groupes armés dans les régions de Gao, Kidal, Ménaka et Tombouctou, le Gouvernement du Mali a réitéré encore une fois, « son appel pour la tenue sur le territoire national d’une session ministérielle du Comité de Suivi de l’Accord et salue la reconnaissance par le Secrétaire général, de la prise en charge de dispositions de l’Accord dans le projet de Constitution, qui, à titre de rappel, est la matérialisation des attentes largement exprimées par les Maliennes et les Maliens lors des Assises nationales de la Refondation ».

Issa Djiguiba

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