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Moussa Mara sur la problématique de migration : « les réponses apportées sont pour les moins inappropriées et assurément inefficaces »

Dans une tribune, l’ancien Premier ministre malien, Moussa Mara évoque la problématique de l’émigration qui ne cesse de croître au Sahel. Aussi regrette-t-il que les drames liés au phénomène se multiplient toujours sous le regard quasi impuissant du monde et de ses dirigeants. L’ancien premier ministre estime qu’il est enfin temps de trouver des solutions pour mettre un terme aux drames des migrants.

« Sur les chemins du désespoir », c’est ce que souligne l’ancien Premier ministre malien, dans un article d’opinion qu’il a publié récemment. Cela pour parler du phénomène des migrations dites « clandestines » et les drames qui vont avec. Selon l’ancien Maire de la Commune de la 4 du District de Bamako, « un drame humain se joue en continu depuis des années dans le monde et particulièrement au Sahel et à ce jour les réponses apportées sont pour le moins inappropriées et assurément inefficaces ».

Pour lui, partout au Sahel, le nombre de candidats à l’émigration ne cesse de croître, et les drames se multiplient sous le regard quasi impuissant du monde et particulièrement de ceux qui nous dirigent. Soulignant que la quasi-totalité des pays dans le monde adhérent à la déclaration universelle des droits de l’homme, Moussa Mara regrette que l’existence de « marché aux migrants » et la pratique tendant à devenir récurrente consistant à «jeter» aux confins du désert sans eau ni nourriture des êtres humains désespérés constituent le summum de l’horreur et la négation des immenses progrès accomplis depuis maintenant des siècles par l’homme.

Par ailleurs, l’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a rapporté quelques chiffres et faits actuels sur ce scandale « du siècle » et qui, selon lui, interpelle chaque citoyen du monde et plus fortement encore chacun des dirigeants. A cet effet, M. Mara estime que « près de 290 enfants ont péri au cours du 1er semestre 2023 en essayant de traverser la Méditerranée, un chiffre deux fois plus élevé qu’en 2022 et près de 12 000 enfants ont fait la traversée » il ajoute aussi que près de 120.000 personnes ont débarqué depuis début 2023 en Europe via la Méditerranée, soit environ 24 personnes chaque heure de janvier à juillet 2023.

Il renchérit en affirmant que près de 1800 personnes sont mortes ou portées disparues depuis janvier 2023. Le président d’honneur du Parti Yelema a aussi rappelé que pour les candidats à la migration partant du Sahel, les pays du Maghreb que sont le Maroc, la Tunisie et la Libye deviennent des verrous de plus en plus risqués et de plus en plus meurtriers comme en témoignent les tragédies survenues ces dernières années (23 migrants tués au Maroc en 2022, des migrantes régulièrement violées en Libye et certains systématiquement torturés. En juin 2023, plus de 24 migrants ont perdu la vie dans le désert en Tunisie et des centaines de migrants illégaux ont été expulsées puis abandonnés dans le désert…). « Enfin, les nouveaux marchés aux esclaves, que nous croyons enfouis dans les ténèbres du passé, continuent à exister dans ce monde du 21è siècle », regrette-t-il.

« Un pacte mondial signé pour des migrations sûres »

En outre, l’ancien député de la Commune 4 souligne aussi qu’un pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières a été signé, depuis 2018, par 162 pays dans le monde dans lequel figure la coopération pour éviter les décès au cours des trajets migratoires et sauver des vies en mer et ailleurs, le renforcement de la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains et la lutte contre la migration irrégulière. « C’est une avancée même si le pacte n’est pas juridiquement contraignant », salue Moussa Mara qui signifie qu’en dépit de cette tragédie humaine, les voix des organisations régionales, continentales africaines se font peu entendre et les voix des pays sont encore plus faibles. « Sommes-nous donc condamnés à être d’éternelles victimes de par le monde ? », s’interroge l’ancien chef du gouvernement malien.

Sans aucun doute, indique Moussa Mara, ces types de migrants sont de ceux dont la voix porte le moins dans le monde malgré une médiatisation sans précédent de ces dernières années. « Un silence assourdissant troublé par quelques indignations d’ONG, des alertes médiatiques et des rapports bien documentés, règne pourtant dans la sphère dirigeante. Il ne faut alors guère s’étonner de la forte indifférence des peuples aux beaux concepts et belles théories sur les droits de l’homme, la démocratie et tous ces beaux espoirs parsemés tout au long de l’histoire mais qui sonnent si creux aux oreilles de la majorité des populations », relate M. Mara.

Des pistes de solutions

Pour Moussa Mara, il convient dès lors que des mesures fortes soient prises par nos pays, par les organisations régionales et sous régionales, par les pays de transit et d’« accueil ».

Ainsi, le Premier ministre Moussa Mara, déclare qu’au niveau national, « on pourrait commencer par des mesures de prévention à travers une campagne de communication et d’information plus vigoureuse, continue et fondée sur des exemples vécus et documentés à l’endroit des potentiels candidats à la migration par des moyens les plus utilisés et les plus accessibles sur les risques de la migration : des périls divers et variés des routes de la migration aux faux espoirs suscités par les pays d’accueil, de l’exploitation de l’espoir de la jeunesse par les vendeurs de morts aux drames humains quotidiens vécus dans les pays de transit ».

La deuxième mesure évoquée par Moussa Mara consiste à viser le renforcement significatif des services en charge de la lutte contre ce type de migration et le renforcement du dispositif juridique pour sévir encore plus sévèrement contre la longue liste des intermédiaires sévissant sur ces chemins du désespoir.

Troisièmement, M. Mara estime que de loin la plus difficile mais la plus incontournable est d’ériger ces zones d’émigration à l’instar des zones qui attirent le plus de candidats au terrorisme comme zones prioritaires de développement. « La solution à long terme contre ce fléau passe incontestablement par l’Economie par la mise en œuvre de grands projets structurants à même de changer la donne sur le terrain avec comme préalable évidemment la stabilité politique. Il s’agira outre l’accroissement de l’effort national en terme budgétaire, de mieux orienter et cadrer ces multiples projets de développement des pays occidentaux dont l’objectif ultime est de freiner l’émigration de notre jeunesse », dit-il.

Moussa Mara propose comme quatrième mesure l’ordre diplomatique, qui pour lui, est de développer en lien avec les pays de transit, essentiellement les pays du Maghreb, un partenariat sur la question de la migration qui prendrait en compte nos préoccupations réciproques et les modalités de notre collaboration y compris dans les cas où nos ressortissants seraient pris dans les filets des services de sécurité de ces pays. L’autre volet de cette offensive diplomatique viserait à rendre juridiquement contraignant le pacte mondial sur les migrations par un effort de lobbying conjugué des pays du sahel. « Dans le même ordre d’idées, il appartient aux pays de faire entendre leur voix au sein des organisations régionales et africaines pour que cette question de la migration et des drames qu’elle charrie soit au cœur des préoccupations de ces institutions », a-t-il indiqué.

Aussi, il conviendrait, selon lui, que l’on sorte du tête-à-tête pays de transit et pays d’accueil et que la coopération soit désormais trilatérale au lieu d’être bilatérale. Comme on dit dans notre pays, il est temps qu’on arrête de raser la tête d’une personne en son absence. Ce changement d’orientation est davantage du ressort de la CEDEAO, voire de l’Union Africaine que des pays pris isolément. « Le Sahel qui peine à contrôler ses routes et cette dynamique migratoire meurtrière et se retrouve trop souvent à venir ramasser ses morts, le Maghreb qui récolte les appuis des partenaires européens et passe par pertes et profits ses liens géographiques et historiques avec les pays au sud du Sahara, l’Europe qui, au final, accepte que la fin justifie les moyens et considère ces drames humains comme des dégâts collatéraux d’une stratégie d’arrêt de la migration irrégulière », déclare Moussa Mara qui ajoute que cette tragédie n’est qu’une prémisse de ce qui se démontre chaque jour dans notre monde d’aujourd’hui : « Gagner ensemble ou périr ensemble ».

Ces faits quasi quotidiens, selon lui, se poursuivent sous « nos yeux et cette fois, personne ne pourra dire « Nous ne savions pas ». Quelqu’un disait que le degré de civilisation d’un peuple se mesure à la façon dont il traite les plus faibles. Après des milliers de siècles d’histoire et de leçons tirées, tâchons d’être à la hauteur de notre espoir de civilisation ! »

Ibrahim Djitteye

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