Mahamadou Abdoulaye Doumbia, président du MPC : « Il faut que les politiques acceptent d’accompagner cette transition »

Dr Mahamadou Abdoulaye Doumbia, président du Mouvement populaire pour le changement (MPC), est l’invité du 4ème numéro de notre rubrique « A vous la parole ». Dans cette interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder, cet enseignant de formation donne son avis sur les questions d’intérêt national, notamment l’Accord d’Alger, la gestion de la transition, la présence des forces étrangères au Mali ; les élections présidentielles…

Le Pays : Parlez-nous de votre parti.

Mahamadou Abdoulaye Doumbia : Le Mouvement populaire pour le changement (MPC) va très bien. À un moment donné, on avait effectivement ralenti les rencontres et la mise en place des bureaux. Cela s’explique par le fait qu’il y avait l’état d’urgence décrété par les dirigeants. De ce fait, on a été obligé de respecter cette période. Mais juste après, on a commencé à faire l’implantation du parti partout à travers le Mali. Depuis un moment, on est sur cette lancée.

Suite à des manifestations populaires, les militaires ont mis fin au régime IBK. Ce sont eux qui gouvernent depuis mois. Comment jugez-vous leur gouvernance du pays ?  

A mon humble avis, je dirais plutôt que le Mali post IBK va bien. Le gouvernement est en train de mener ses activités ; les salaires sont payés à temps réel, voire avant même la fin du mois parfois. Certes, il y a quelques failles ou erreurs, mais je pense qu’elles peuvent être corrigées au fil du temps. Comme les militaires, eux-mêmes, ont dit qu’ils sont venus pour parachever une lutte du peuple, mais la réalité en est que la vision du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) a été effectivement sabotée à la dernière minute par la junte. Mais si ça ne tenait qu’à moi, on va soutenir cette transition, parce que l’organisation des élections est là, et doit être faite sous cette transition. Et nous les politiques, nous pouvons nous approcher pour qu’ensemble, nous gérons la tenue de ces élections.

Comment trouvez-vous le bilan des nouvelles autorités ?

Le président de la transition Bah N’Daw et son équipe ont effectivement fait 5 à 6 mois au pouvoir. Mais pour moi, le bilan est positif. Le peu qu’ils ont pu faire pendant ces temps, si le régime déchu l’avait fait, je pense qu’on n’allait pas se retrouver dans cette situation aujourd’hui. Une transition n’est pas comme un pouvoir légal qui est démocratiquement élu. Ils sont en train de faire de leurs mieux pour pouvoir honorer les engagements pris dans la charte de transition. L’exemple frappant demeure la validation de l’année scolaire. Ils ont fait tout pour que les examens de l’année dernière soient effectués en temps réel. Il y a la négociation des enseignants par rapport à l’application de l’article 39 de leur statut. Tout récemment, ils ont pu avoir de solution au problème  de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), la plus grande centrale syndicale au Mali qui menaçait d’aller en grève illimitée. Grosso modo, je pense que l’État, il est en train de faire de son mieux. Certes ce n’est pas facile, mais les politiques doivent accepter d’accompagner cette transition pour qu’elle arrive à bon port. Tout le monde ne peut être dans le gouvernement. La transition, c’est juste un bout de temps. Mais quand on essaye de voir la charte et la feuille de route de la transition, je ne pense pas si les autorités pourront effectivement finaliser ce qu’elles ont comme projet, avant la fin des 18 mois impartis. Donc, si les Maliens pouvaient les accorder une autre année, voire deux ou trois ans pleins, cela allait leur permettre de finaliser les projets qu’elles ont. Parce que ces projets ne peuvent pas être exécutés en une ou deux années. Et si on ne veut pas revenir chaque fois dans une transition, il faut qu’on laisse une transition finaliser sa feuille de route. Cela est mon avis. Je ne suis ni conseiller à la présidence, ni membre du gouvernement, mais je vois le Mali. Le pays n’arrive même pas à se retrouver correctement, il ne faut pas qu’on revienne chaque fois sur les coups d’État, ils ne sont pas bons pour le pays. C’est par faute de la transition de Amadou Aya Sanogo qu’on s’est retrouvé ici. Si cette transition avait été bien faite, et qu’on leur avait donné de temps pour réviser les fichiers électoraux et autres tâches, on n’allait pas se retrouver là où nous somme aujourd’hui.

Avez-vous de propositions pour la réussite de cette transition et la tenue des élections ?

Il faut que les politiques acceptent d’accompagner cette transition. Ils sont en train de laisser les autorités, elles-mêmes gérer, cette période, comme si c’est un problème à elles seules. Le Mali, c’est pour nous tous. Quand ça va, ça ira pour tous, et tout le monde sera bloqué, quand ce pays se bloque. Sans l’accompagnement des politiques, les élections ne peuvent pas se tenir dans des bonnes conditions. Avant les élections, il faut une révision des fichiers électoraux et une concertation entre classe politique et gouvernement. Mais ce que je voudrais dire, c’est qu’il ne faut pas qu’on essaie de bâcler les choses et partir. On parle d’un enrôlement qui dure deux (2) mois, voire de la révision de la constitution. C’est trop, on ne peut faire tout cela pendant une année. Les propositions du parti sont nombreuses, quant à la mise en place d’un organe indépendant unique en charge des élections, mais je préfère faire l’économique de cela.

Peut-on connaitre votre position sur la présence des forces étrangères au Mali ? Êtes-vous pour ou contre la relecture de l’Accord issu du processus d’Alger ?

Pour ce qui concerne la relecture de l’Accord, je pense que cela a été dit dans le Dialogue national inclusif. Il y a des parties à relire correctement. Mais en faisant cette relecture, il ne faut pas que d’autres aussi pensent que cela jouera sur ce qui est inclus dans l’Accord, voire sur les avantages accordés dans telle ou telle zone par cet Accord. C’est l’ensemble des maliens concertés qui ont décidé d’aller à cette relecture. La bonne relecture serait mieux pour pallier les difficultés dans les jours à venir, parce que si vous lisez correctement cet Accord, vous trouverez qu’il y a des couacs dedans. Quant à la présence des forces étrangères au Mali, je pense que ce que Bah N’Daw avait entrepris est à saluer. Il demandait à ce que chaque force présente au Mali lutte concomitamment avec l’armée malienne. Je pense que c’est un idéal à saluer si effectivement ce processus continue. Mais s’ils veulent freiner ce processus, je crois qu’on peut leur demander de se retirer petit à petit du territoire malien, en attendant que nos militaires soient dotés des moyens matériels et humains. Le temps que ces forces se retirent petit à petit,  l’armée malienne va aussi se préparer. Mais on ne doit pas les demander de partir tout d’un coup. Non ! L’effectif qui quitte chaque année ou chaque six (6) mois du sol malien pourra être remplacé par l’armée.

Pour des réformes politiques et institutionnelles réussites au Mali, que diriez-vous aux nouvelles autorités ?  

Pour la réussite de ces réformes, il y a d’abord la révision de la constitution du 25 février 1992.Mais pour cela, on sait que le temps joue contre les autorités. C’est pourquoi je suggère à ce qu’on ajoute une ou deux autres années aux 18 mois impartis pour la transition. Parce que les nouvelles autorités ne peuvent pas aussi bâcler les choses et partir qu’on va s’asseoir regarder. Cela n’est pas possible. En plus, la cour constitutionnelle qui détient le dernier mot en matière électorale doit être révisée. Elle ne peut pas être au-dessus de la constitution. Si elle parle ou prononce les résultats définitifs, il n’y a plus rien  à dire, mais il y a Dieu quand même hein. Pas le statut de cette cour seulement, il faudra vraiment revoir toutes nos institutions aujourd’hui, parce que ça ne va pas. Tant que les institutions ne sont pas fortes, les hommes ne peuvent pas l’être. Et ce sont ces hommes forts qui rendent les institutions fortes. Avant tout respect de la population, ceux qui dirigent ces institutions doivent d’abord se respecter. Pour moi, les priorités du moment sont simples. Il faut que les autorités transitoires laissent ces syndicats pour faire face à l’essentiel que sont : l’éducation ; la santé ; la baisse des prix des denrées de premières nécessités ; la sécurité. Elles doivent prendre des mesures assurant une bonne justice. La justice est un Mayon essentiel pour la bonne gouvernance.

Des derniers mots ?

Je dirai aux maliens de soutenir cette transition pour que les objectifs puissent être atteints. La transition  n’est qu’un bout de temps et les défis à relever sont énormes. Si cette transition marche bien, c’est tout le monde qui en bénéficie, mais quand ça échoue, ça répercute sur tout le monde.

Réalisée par Mamadou Diarra

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