Jeamille Bittar sur la Transition : « Six mois après, la déception est générale »

Jeamille Bittar, le Cheval blanc pour les intimes, président du Mouvement Citoyen pour l’alternance, le Travail et la Transparence (MC-ATT), est notre invité pour ce 3ème numéro de la rubrique « A vous la parole ». Avec lui, il a été question de la vie de sa formation politique, de la gouvernance du Mali par les autorités actuelles, des réformes politiques et institutionnelles, de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale issu du processus d’Alger, des élections générales à venir… Le médicament qu’il a prescrit aux autorités transitoires, c’est leur demander « d’écouter le Peuple et d’aller à des solutions consensuelles et concertées, et de rectifier la trajectoire de cette transition avec le M5-RFP ».

Lisez notre entretien !

Le Pays : Vous êtes Jeamille Bittar, président du Mouvement Citoyen pour l’alternance, le Travail et la Transparence (MC-ATT). Comment se porte votre parti ?  

Jeamille Bittar :

Notre parti, le MC-ATT va relativement bien à l’image du pays où malgré l’implantation effective du parti sur l’étendue du territoire nous avons d’énormes difficultés liées à l’insécurité. Nos activités sont aux ralentis dans beaucoup de zones à haut risque où nous pleurons nos morts tous les jours. Une chose est certaine, le parti aura ses candidats dans toutes les échéances électorales

Vous faites partie du mouvement du 5 juin Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) qui s’est battu pour le départ d’IBK de la présidence de la République. Les militaires ont parachevé votre combat. Six mois après l’installation des autorités de la transition, y a-t-il eu de changement ? Le nouveau Mali pour lequel vous vous êtes battus est-il possible avec les autorités actuelles ?

Effectivement, nous sommes du M5RFP et dire qu’il y’a eu un parachèvement de notre combat, c’est trop dire. Notre combat continue. Dites plutôt qu’il y a eu un coup d’État. Entre les dires et la réalité, il n’y a aucune concordance. Six mois après, les lignes n’ont pas bougé malheureusement et la déception est générale. Les Maliens se posent pas mal de questions.  C’est pourquoi nous avons estimé qu’il faut obligatoirement redresser la trajectoire de la transition. Il faut donner un contenu consensuel avec l’ensemble des Maliens, la classe politique en général et singulièrement le M5RFP, la société civile et sans exclusion aucune de tous les Maliens sans distinction de races, de couleurs, de religions ni de sexes. Il faut procéder à un changement qualitatif d’hommes et de femmes capables et désintéressés par les biens publics pour réussir cette transition et se diriger vers le malikoura que nous appelons de tous nos vœux.

Cette transition doit mener des réformes politiques et institutionnelles. Qu’est ce qui doit, selon vous, être fait pour la réussite de ces réformes ? Un comité d’orientation stratégique a été mis en place dans ce sens. Avez-vous été consultés pour sa mise en place ? Que pensez-vous de ce comité ?

L’implication de tous les acteurs et surtout de la prise en charge des préoccupations des Maliens en général et singulièrement ceux qui ont pris la rue pour le changement, les vrais acteurs. Oui j’ai été informé et invité. Le dialogue est toujours une bonne chose, mais juste essayer de faire de la tape à l’œil et faire semblant de valider des décisions que pour l’image est un non-sens et ne sert pas le Mali. Ce comité, je n’ai pas connaissance de sa composition et je ne saurai me prononcer dessus.

Le premier ministre évoque une contrainte de temps pour soutenir la non possibilité pour la transition de mettre en place l’organe unique de gestion des élections. Qu’en pensez-vous ? Faut-il aller à des élections sans cet organe ?

Il faut une transition réussie, mais pas une transition bâclée et revenir toujours à la case de départ. Le Mali sera le Mali des maliens et pas des partenaires soi-disant amis. La volonté populaire et le vœu des Maliens doivent être respectés. Ceux qui étaient dans la rue ne sont pas sortis pour une continuité. Nous voulons une rupture. Ça sera dommage pour les Maliens de revivre la même chose. Il faut se donner le temps nécessaire s’il le faut.

La Constitution malienne, faut-il la réviser pendant cette transition ?

Oui mais de quel type de révision ? Il faut déterminer cela.

Quelle est votre position sur l’Accord d’Alger ?

La relecture pour la Paix et la Réconciliation issu du processus d’Alger est indispensable

 Cette transition doit aboutir à l’organisation des élections générales. Quelles sont les propositions de MC-ATT pour que ces élections se tiennent en toute transparence ?

Oui à des élections, mais pas un semblant pour juste imposer le candidat de leur choix. Des noms circulent déjà. Or, une transition doit être neutre. Nos propositions sont les suivantes : Un nouveau fichier électoral crédible et accepté par tous ; une inscription volontaire en lieu et place d’une inscription systématique ; une relecture des textes et notamment la loi électorale ; la mise en place d’un organe unique de gestion des élections ; le parrainage devrait également se faire par signature des électeurs : 20000 pour la Présidentielle ;

5000 pour les Législatives ; 5000 pour les sénatoriales ; 2500 pour les communales.

Jeamille Bittar est-il candidat à la présidentielle à venir ?

Oui, Inchalla si Dieu le veut

Avez-vous un conseil pour les autorités transitoires ?

Je leur demande d’écouter le Peuple et d’aller à des solutions consensuelles et concertées, et de rectifier la trajectoire de cette transition avec le M5RFP

Par Boureima Guindo

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